174 LA. FRANÇAISE DU SIÈCLE,
blés de soie de couleur et nombre de délicieux éven-tails chinois.
Les femmes étaient charmantes ainsi, fraîches,pimpantes, rieuses, avec un air alangui qui conve-nait si bien au genre de leur coiffure, à la naturemême de leurs costumes ; à ces concerts Musard,sous ce dôme de verdure illuminée, elles rappelaienten quelque sorte la poétique fiction des ChampsElysées delà mythologie ; on eût dit voir revivre lesgracieuses héroïnes des décamérons du xvi e siècle.
Les concerts du Jardin Turc, au Marais, ras-semblaient autour de l’orchestre de Tolbecque uneaimable assemblée parmi le monde de la bourgeoisieet du commerce. Le Jardin Turc formait un tableaupittoresque, digne du pinceau d’un Debucourt, avecses ombrages touffus, ses gloriettes de verdure, oùcirculaient la bière mousseuse et la bonne gaietédes braves gens ; dans ses allées, les époux du Maraismontraient sans en rougir leur bonheur et leur cor-dialité matrimoniale; de bonnes mamans, mises enjoli guingamp rose et ayant leur schall attaché pardeux épingles à leurs épaules, venaient voir s’ébattreet s’égayer leur petite famille; plusieurs Jeunes-France, échappés de l’île Saint-Louis, s’asseyaientprès d’une tahle, en bonne fortune, auprès de quel-que fraîche grisette à l’œil rieur, à la bouche incar-nadine, dont les cheveux folâtres voletaient à l’aven-ture sous un chapeau Paillasson. — Des beaux-fils