î 3 8 LA FRANÇAISE DU SIÈCLE.
inquiétante pour l’historien futur qui les voudraanalyser. — Nous avons voulu parcourir la plupartdes journaux spéciaux durant ces vingt années, et,outre un prodigieux mal de tête, nous avons constatéavec un profond découragement que deux années dela vie d’un travailleur suffiraient à peine pour les an-notations nécessaires à un simple résumé historiquede ce monument du costume sous le second Empire.Que nos lectrices — qui sont arrivées aujourd’hui àcet âge ingrat où l’on ramène à soi ses souvenirs,dans les rêveries du coin du feu — se rappellent lesdiverses robes qu’elles ont choisies, exhibées avecivresse et rejetées tour à tour pour d’autres ajuste-ments plus en vogue; qu’elles regardent au fonddes armoires leurs manches pagodes brodées à jour,leurs ' collerettes, leurs fichus, leurs cachemiresd’autrefois; qu’elles songent surtout aux toilettes deleurs amies, à celles qu’elles ont enviées, aux con-fections qu’elles ont jalousées; elles verront alorsque non seulement tous ces chiffons étaient vanité,mais encore elles se diront que le souvenir mêmeest infidèle et ne saurait garder l’impression ni laforme de tant de garnitures et parures opposées dontla transformation fut si traîtreusement insensible.
Qu’elles évoquent dans leur mémoire le manteauTalma, le Mousquetaire et la rotonde, cette abomi-nable rotonde, qui, tombant sur la crinoline, donnaità une femme l’apparence d’un pain de sucre ; qu’elles
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