XVI II
descendants des jours meilleurs et une vie plus douce; c’est ce qu’on voit dansle mâle langage tenu par Yu, après que, par ses immenses travaux de nivelle-ment, d’endiguement, il eut réparé les désastres d’un déluge, en mettant, pourl’avenir, le pays à l’abri d’aussi terribles dévastations : « Il y a longtemps quemoi, Yu, j’ai complètement oublié ma famille pour réparer les maux de l’inon-dation. Par ma prudence et mes travaux, j’ai ému les esprits; mon cœur neconnaissait pas les heures de repos; c’est en travaillant sans cesse que je mereposais. Mon affliction a cessé ; la confusion de la nature a disparu. Lesgrands courants du midi se sont écoulés dans la mer. Les vêtements de toilepourront être confectionnés, la nourriture préparée; les dix mille royaumessont désormais en paix, et pourront se livrer éternellement à la joie. » Ce lan-gage émouvant du grand homme qui, 2,200 ans avant J.-C., employait le trian-gle rectangle pour exécuter ses grands travaux de nivellement, qui, allant d’unemontagne à l’autre, coupant les forêts, faisait rentrer les fleuves dans leurslits, les maintenant dans leur chemin en les conduisant à la mer, parfois sur deslongueurs de plus de cinq cents lieues (comme le parcours du fleuve Kiang,dont les chaussées et les digues construites par Yu subsistent encore, dit-on),ce langage, gravé par ses soins sur un rocher conservé dans la province duChen-Si, au musée de Singanfou, où le père Amyot en a pris copie, on peutdire qu’il n’a cessé de retentir au cœur de chacun des Chinois qui ont vécudepuis Yu, c’est-à-dire depuis quelques 3970 ans, et en y conservant l’impres-sion des profondes solidarités qui font les patries immortelles. »
Nous renvoyons à notre Ornement, où le détail des choses est représenté,pour reconnaître par quel moyen les Chinois ont inscrit, en le perpétuant, l’é-quivalent de l’héroïque langage que l’on vient d’entendre sur le vêtementde leurs fonctionnaires, y compris celui des empereurs. On y verra commentle bas de la robe d’honneur, formant un horizon circulaire, offre le spectaclede tout ce qui se produit de plus grave, lorsque à la violente irruption deseaux s’ajoutent les révolutions volcaniques, et que les fragments des rochesbasaltiques vomies par les cratères viennent, dans la marche tumultueusede pierres dont le roulis fera des galets, effacer les sillons du labour, se-mant en place leur stérilité. Mais on y verra, en même temps, commentce désolant spectacle d’une destruction qui paraît universelle est dominé