riches offre d’ailleurs des preuves d’un goût exquis; sous le rapport de la couleur et des sujetsbrodés, l’habit est toujours en harmonie avec les fleurs et les diverses productions de la sai-son ; on peut se fajre une idée de la charmante variété qui doit résulter de ce goût délicatdans un pays d’artistes où la moitié des noms des mois a un sens descriptif : le mois bour-geonnant, le mois fleurissant, le mois transplantant, le mois des lettres, parce que dans soncours on adresse sur des feuilles de papier des odes aux étoiles, le mois des feuilles, lorsqu’ellescommencent à tomber, le mois de la gelee blanche, etc. L aristocratie estime que le blanc matest le teint de la distinction.
Les vêtements, soit d’hommes, soit de femmes, s’attachent simplement avec des cordons desoie. On n’use pas des boutons. Le geste de la pudeur, parmi les femmes, est de se voiler laface avec les larges manches du kirimon. Aujourd’hui qu’on la voit d’assez près pour rapporterdu Japon des photographies, on se rend facilement compte de la véritable physionomie de laJaponaise; la mobilité d’expression, la variété, résultat d’un développement intellectuel plusspontané, plus original, plus libre que chez les autres peuples de l’Asie, rendent particulière-ment intéressante cette figure humaine qui parait plus vivante que tant d’autres et dont l’ori-ginalité charme tous les voyageurs. On remarque à Yédo même, où le voisinage européen a faitnaître une politique ombrageuse qui condamne les femmes à la captivité, que celles mêmesqui ont à souffrir de cette politique, conservent un air de quiétude et d’imperturbable gaietéqui, dit M. de Moges ( Voyage en Chine et au Japon, 1857-1858), paraît inhérent au caractèrejaponais. En somme, malgré toutes les précautions prises par les indigènes, on connaît au-jourd’hui les femmes japonaises avec beaucoup plus de précision qu’on n’en pouvait espérer ily a quelque soixante ans; lorsque, comme Fisscher le raconte, il ne lui fut donné de les en-trevoir, dans une réception officielle, que blotties, avec leurs enfants, derrière des paravents,qu’elles perçaient de leurs doigts pour apercevoir les étrangers.
Notre n° 1 représente une femme du peuple; elle est au lavoir, et porte un tablier.
Tous les fonctionnaires publics, les officiers supérieurs et inférieurs, portent du même côtédeux sabres dont les lames se croisent. L’un est leur arme particulière, l’autre leur sabre d’of-fice; ce dernier est le plus long des deux. Pour s’asseoir, on quitte le sabre d’office, on leplace devant soi ou à côté. La trempe de ces sabres est sans rivale; dans les vieilles familles,où ils se transmettent, chacun de ces glaives a son histoire, dont l’éclat se mesure au sangversé. C’est dans leurs armes que les nobles japonais, amis en général de la simplicité, fontvoir le plus de luxe et mettent le plus d’orgueil. Notre n° 4 montre un Japonais de haut rangportant les deux sabres, l’un à la main, l’autre à la ceinture; il est en outre affublé du sur-tout de gaze de soie, s’étalant sur les épaules sous la forme de deux ailerons fortement em-pesés, qui est propre aux fonctionnaires du Taï-Koun. L’unique épingle que l’on voit à lacoiffure de sa femme, est une flèche empennée, ces épingles ayant souvent ainsi une figureemblématique; mais, malgré le rang de ce couple, on peut constater chez lui, de même quechez tous les autres personnages, une absence complète de bijoux, tels que pendants d’oreilles,