pa e que cette année-là les mouches furent s abon-dantes et si piquantes, les expédients pour s’en dé-fendre et les détruire si impuissants, que l’on n’yvit plus de remèdes que dans les secours divins[Mœurs et coutumes bourgeoises au pays de Liège;Liège, 187G),
Les transformations de ce vêtement, tout régionald’abord, sont fort curieuses ; il ne fallut pas moinsde six cents ans pour que les élégantes à la modedu jour, le réduisissent aux porportions que l’on voitici, n os 7 et 13.
Vecellio montre, à la fin du seizième siècle, la ma-trone hollandaise, la femme noble d’Anvers avecle manteau, sans la coiffe en chapeau, faisant lapointe sur le front à la manière du chaperon desveuves, et s’arrondissant en forme de conque dechaque côté du visage au moyen d’un fil de cuivreou d’un petit cercle en bois pour former « un gon-flement qui ne gêne point. » Ce manteau, dit-il,est celui de toutes les femmes de Flandre. Arrivel’Espagnole ; celle-ci se montre avec un petit toquetplat, descendant très en avant sur le front, recouverten partie par un voile posé sur la tête et envelop-pant le corps en entier jusqu’à terre. La Flamande,qui avait déjà l’habitude de porter un chapeau depaille de dimension assez exiguë, en forme de cu-vette renversée, le fond plat étant la partie supé-rieure, et d’y joindre une queue de velours tombantdans le dos, imagine alors de réunir le chapeau aumanteau. Ce chapeau noir est d’abord plus platque l’autre ; il est posé droit sur la tête, et l’on ajouteà son sommet, au bout d’une petite hampe légère, àprofil en balustre, une petite houppe de soie ou deplume. Le manteau descend des bords du chapeau ;tel est Vhuihen de la duègne dans une procession fla-mande qui se trouve dans la Pinacothèque de Tu-rin. Collaert, dans une fête sur la glace du canald’Anvers, montre le même vêtement où le chapeaun’est plus qu’un très petit toquet uni qui le rappro-che du toquet espagnol ; comme celui-ci, il avancesur le front, le vêtement n’y tenant plus que parl’arrière, de manière à dégager en bonne partie lachevelure ; celui-là, au lieu de la petite houppe, n’aqu’une seule et fine plume dont la courbe légère seprojette en avant par suite de la position du toquetsur le front. Puis le toquet en arrive à n’avoir plus,en aucune manière, figure de coiffe : ce n’est qu’unrond ressemblant à un champignon plat, dont lediamètre se rétrécit de plus en plus, tandis que lahouppe prend, au contraire, plus de volume, s’in-
cline chaque jour davantage et se projette en avanten une position presque horizontale. L’apogée dugenre est la séparation absolue du champignon quifut le toquet, et du manteau ou cape réduit à l’am-pleur d’une simple queue, ne recouvrant plus quele chignon d’où elle tombait dans le dos. Les deuxpièces séparées, si elles étaient encore solidaires, nedevaient plus se tenir que par un lien qui servait àsoutenir la houppe sur le front, lien faisant ressort,car l’appareil était solidement fixé. Les dames à lapromenade tenaient leur queue pendante sous lebras de manière à en faire pendre le bout en avant(voir n° 17). lïhuiken, du temps qu’il était une capeliée à un chapeau, comme de l’époque où on levoit réduit à une queue attenante au petit champi-gnon largement houppé, était inséparable du grandattifage. Quand il n’était pas sur la tête on l’avaitsur le bras, en tenant avec affectation le chapeauà la main, la houppe en avant (voir ici le n° 10, etla Flamande de la planche Europe, XVI 0 siècle,ayant pour signe le Shako). L } huiken néerlandais aune importance plus grande que celle d’une modepassagère; l’ornement de front en forme de cham-pignon, avec une grande poignée droite au centresoutenant une houppe avancée, est en quelque sortedevenu générique dans l’Allemagne du Nord pendantle dix-septième siècle, en particulier dans les grandesvilles de commerce telles que Hambourg, Brême,Lubeck, Cologne, etc. Ce genre de parure devintl’apanage presque exclusif des classes moyennesbourgeoises. Elle s’était propagée en Allemagne euconservant toute son originalité ; les quelques chan-gements de peu d’importance qu’elle devait subir enquelques localités n’en détruisaient pas le caractère.On lui donnait, à l’occasion, une forme de corne oud’éperon de vaisseau ; le port en était le même ;cela s’avançait plus ou moins loin, mais toujoursen avant du front.
Une pièce caractéristique de cette mode singu-lière, que les coiffures des duègues espagnoles ontlongtemps conservée et que l’on voit encore aujour-d’hui sur le luxueux chapeau rond des femmes dela Bresse, est la houppe qui, toujours grossissant,finit par se trouver au-devant du front. Les élégantesfrançaises ou anglaises n’adoptèrent point cet ap-pendice baroque, et il ne paraît pas invraisem-blable que les Français, qui faisaient alors tant decampagnes dans les Pays-Bas et dans l’ouest del’Allemagne, au temps même où cette espèce de plu-meau à épousseter se mettait au-devant du front