K 0 * 3 et 4. — La maréchale de Guèbriant et sa nièce.
La robe était tenue très décolletée; on y joignait pourla ville ou pour le négligé, des fichus blancs ou mou-choirs de cou, qui conduisirent aux grands colsrabattus en façon de pèlerine. Ces mouchoirs de couétaient d’abord en batiste, ainsi que la large man-chette en rebras. Cette sévérité élégante ne pouvaitsuffire longtemps. Anne d’Autriche qui affectionnaitle col en pèlerine y mit une garniture de dentelle,puis on le fit tout en guipure, et l’usage du point-coupé s’en trouva rétabli insensiblement. M mc deGuèbriant paraît, ainsi qu’Anne d’Autriche, n’avoirpas quitté le deuil pendant tout le temps de sonveuvage, puisque en 1646, trois ans après la mortde son mari, elle est représentée vêtue de noir, etavec la pointe et la mante de la veuve. Cette dameporte une croix pectorale, et, pendue à sa ceinture,une montre. Ses vêtements sévères ne paraissent dé-corés que de la chiche brodure en bisette de soie quele cardinal avait octroyée aux vêtements des femmes,et que l’on flétrit alors du nom de gueuse. Pour enrelever un peu le méchant effet, sur un costumenoir, par exemple, on y combinait du jais ; avec d’au-tres couleurs, on y mêlait des perles vraies ou fausses.On venait de trouver le moyen de colorer le cristal,et de fournir à bon marché oc les pierreries du Tem-ple » : c’était le nom du quartier où l’on fabriquait desémeraudes, rubis et topazes qui faisaient illusion.
Le costume de M lle de Guèbriant ne diffère decelui de sa tante que par ses couleurs et chamarrures,et aussi par. l’absence de la pointe et de la mantede la veuve.
K° 6. — Louis XIV en 1660 et en 1670.
L e costume p orté ici par le roi se trouve plaisammentdécrit par Pierrot, dans le Don J uan d e Molière,« Que d’histoires et d’engingorniaux boutent ces'messieurs-là les courtisans !... Ils ont des chemisesqui ont des manches où j’entrerions tout brandis?toi et moi. En lieu d’haut-de-chausses, ils portentune garde-robe aussi large que d’ici à Pâques ; enlieu de. pourpoint, de petites brassières qui ne leur-viennent pas jusqu’au brichet (creux de l’estomac),et. en lieu de rabat, un grand moüchoire co u àréseau avec quatre grosses houppes qui leur pendentsur l’estomac. Ils ont itou d’autres petits rabats aubout des bras, et de grands entonnoirs de passe-ment aux jambes, et parmi tout ça tant de rubans,tant de rubans, que c’est une vraie pitié ; n’y a pas
jusqu’aux souliers qui n’en soient tant farcis depuisun bout jusqu’à l’autre, et ils sont faits d’une façonque je me romprais le cou avec. y>
Le haut-de-chausses en forme de cotillon, que l’onappela la rhingrave 1 est la principale nouveauté ducostume de cette époque. On a le témoignage certainqu’un gentilhomme anglais la porta dans son paysà la fin de 1658. La mode en vint d’un comte deSalm, décoré du titre de rhingrave, agent en Francedu gouvernement des Provinces-Gnies, qui fréquen-tait assidûment le palais du Luxembourg. Elle gagnapromptement la cour, la ville et l’étranger.
La rhingrave était une ample culotte en jupontombant droit; la doublure se nouait autour des ge-noux par un cordon dans une coulisse. La mêmecoulisse servait à assujettir les canons, tant que leurusage persista. On avait cessé de se chausser debottes dans le costume habillé.
Le pourpoint justifiait l’épithète de brassières quelui donne Molière. Ce vêtement n’avait pas seule-ment perdu la moitié de son corsage, mais les deuxtiers des manches avaient été supprimées. Ellesfinissaient bien au-dessus du coude. Le reste futpour la chemise, triomphant sur les bras commesur le buste de tout l’écourtement subi par le pour-point, et de l’abaissement à la hauteur des hanchesde la ceinture de la rhingrave. Pour obvier aux in-convénients d’une telle exhibition de linge de corpsqui exposait aux rhumes, on se garnissait par dessousd’une camisole et d’une seconde chemise.
Avec sa chevelure longue et 'naturelle, ce n’estqu’en 1673 que Louis XIV prit la perruque. Il avaitagrandi le collet en rabat et y avait joint la cravatedont les bouts pendaient sur le pourpoint. On donnaitle nom d e jabot au bouillon de chemise que dégageaitl’ouverture de ce dernier vêtement. Ce jabot, qu’ilfallait toujours voir avec ses ornements de dentelle,rappelait la poche où s’arrêtent les aliments avant depasser dans l’estomac des oiseaux ; de là son nomemprunté au genre volatile, comme l’était l’expres-sion figurée de petite-oie y servant à désigner le cordonet les aiguillettes du temps de Montauron, et quiproprement veut dire : l’abatis qu’on ôte de l’oiepour le mettre à la broche.
Les rubans et la dentelle composaient l’ornemen-tation de cet habillement efféminé. Les rabats, pro-longés à plaisir, lès poignets des chemises, les canonset jusqu’aux nœuds de souliers furent en point-coupé.Les . deux, et quelquefois quatre longues ailes s’é-chappant d’une rosette que l’on voit aux chaussures