car on le voit souvent sur le casque et la cuirasse de Minerve. Ce gardien des trésors, c’estla magistrature des édiles.
Au pied de la montagne sont disposées deux figures fluviales, dont l’une est le Reno, unpetit fleuve de la Cisalpine, qui, dans un pays lettré comme l’Italie, doit rappeler que c’est dansles environs de Bologne que se trouve la péninsule formée par deux cours d’eau, inscrite dansles fastes historiques sous le nom d 'île du Reno, et où, après une conférence de trois jours, lesdictateurs Octave, Antoine et Lépide, se partagèrent d’abord l’empire romain. « Les Italiens,dit le Mercure galant de déc. 1685, sont fort ingénieux pour ces sortes de choses. »
Le buffet était l’ensemble de tout le service dressé. L’usage du grand surtout de table auraitson origine en Italie, puisque le Mercure galant dit, en avril 1698 : « Il y a peu de temps queces sortes d’ouvrages sont inventés pour garnir les tables. Ils y demeurent pendant tout le re-pas ; on en fait de plusieurs pans différents. »
Le dressoir, chargé de l’orfèvrerie des aïeux, est établi ici sur la cheminée et disposé selonles principes de l’étiquette du moyen âge ; une draperie en forme le dosseret, et sur le marbreest posé le napperon. Ce dressoir est à cinq degrés, selon le privilège des maisons souveraines,qu’une ville libre comme Bologne ne pouvait point ne pas s’attribuer. Des deux côtés, et selonla vieille règle, sont les tables pour le débit des rafraîchissements. On ne buvait pas au dressoir.L’orfèvrerie italienne, dont la décadence s’accusait dès la seconde moitié du seizième siècle,avait été en décroissant pendant le dix-septième sous l’influence du chevalier Bernin, qui avaiten Italie une omnipotence aussi générale que celle de Lebrun en France. Le maniérisme deve-nait la loi de l’époque.
C’est de l’Italie que Thomas Germain rapporta son style, qui eut une si grande influence aucommencement du dix-huitième siècle, par le talent personnel qu’il y montra. C’est l’orfèvre-rie française qui, pendant ce siècle, produisit les grands ouvrages comme les surtouts de tablepour les souverains, les princes et les fermiers généraux. Ces surtouts, en vermeil ou en argent,rarement massifs, permettaient de fondre et de ciseler des groupes, des figures, des emblèmes.On ne fabriquait plus que peu de vaisselle plate. Enfin il n’entrait pas que de l’or ou de l’ar-gent dans la composition de ces grands caprices, dont on variait les aspects avec ce quel’on appelle les ors de plusieurs couleurs.
Les cinq exemples détachés sont empruntés aux Eléments d'orfèvrerie, de Thomas Germain ;ce sont trois seaux à rafraîchir, un cabaret, et un petit surtout de table. La gravure du grandbuffet est signée, pour le dessin, par Marc-Antonio Chiarini. — Giacomo Giouanini, graveur.
Voir pour le texte : Legrand ÆAussy, Histoire de la vie privée des Français.— F. de Lasteyrie,
Histoire de l’orfèvrerie. — Viollet le Duc, Dictionnaire du mobilier. — Le Voyageur français,
Italie, Etats du Pape, l’abbé Delaporte, 1779.