« venu du dehors, apportant l’anecdote du jour, fredonnant l’ariette courante, lorgnant lamodiste, pirouettant sur le talon, taillant des mouches tout en parlant » mais l’abbé qui,dit Mercier, « se rencontrait toujours dans une maison opulente, auquel on donnait le nomd 'ami, qui n’était qu’un honnête valet commandant la livrée, complaisant soumis de ma-dame , assistant à sa toilette, surveillant la maison où il jouissait d’une bonne table, diri-geant au dehors les affaires de monsieur. » Avec le trottin de la marchande de modes, il n’y alà d’ailleurs d’autres gens que les chambrières et un laquais.
L’artiste a naturellement profité de la nature de la scène pour y faire trôner un femmedans la fleur de sa beauté. Le cabinet de toilette, décoré avec le luxe d’un salon de réception,est une rotonde disposée en arcades d’architecture ; au-dessus de l’attique circulaire, quenous n’avons pu reproduire, le plafond est en coupole, et, dans son ciel peint, des enfantsjouent avec une guirlande. C’est un caprice de Fragonard; c’est de l’architecture de Contant.Le miroir, en deux parties seulement, qui occupe la hauteur d’une arcade, dirait seul, aubesoin, l’opulence de la maison.
Les soubrettes avenantes sont un des traits de ces mœurs. La dame d’alors, sans jalousie,ne voulait autour d’elle que du joli. Les suivantes s’habillaient des dépouilles encore fraîchesdonnées par la maîtresse ; on les voit ici coiffées du petit papillon en dentelle perché sur lehaut de la tête, on du large bonnet de gaze enrubanné; le fichu glissant sous le grandtablier à bavette, sans trop cacher les seins, les avant-bras nus sortant de la dentelle dela manche en sabot, et la jupe à volant par-dessus les petits coudes du panier à la mode.Coiffeuse, habilleuse, l’apprentie Marton, comme le disent MM. de Goucourt, devenaitSuzanne avec de petits airs, des travers et une élégance conquis au contact de la petite-maî-tresse. La fillette qui apporte des soieries, des plumes, des rubans, des fleurs artificielles, estune de celles qui, dit Mercier, vont le matin aux toilettes avec des pompons dans leurcorbeille, passent au milieu des gardes, et pénètrent dans l’appartement où la haute no-blesse n’entre pas encore; de celles qui, par état, embellissent celles qui les paient et lestraitent avec hauteur.
La dame est encore dans son peignoir du matin; prête pour l’habillement et la parure,elle est chaussée; son corset et sa jupe sont mis; un dernier coup de peigne achève son tapet.Si elle ne conserve pas ses cheveux de leur couleur naturelle, sa tête ne sera pas chargée d’unelivre de poudre blanche, mais seulement d’une teinte légère sur la coiffure; affaiblie par dela poudre blonde ou rousse. Déjà le pot de rouge de serlcis de la dame Josse est refermé; lepetit écrin d’où seront tirés les pendants d’oreilles; la bague, est ouvert; il ne contientqu’une parure, la cUopat-re , la grosse perle bleuâtre qui a remplacé les mirzas, et quelquebague à T enfantement , enchâssement d’une pierre centrale dans d’autres pierres formantchaton, ou la bague à firmament , ou encore celle en pierres de Cayenne■.
Si nous sommes en 1787, au mois de juin, par exemple, et si cette dame doit être habilléepour sortir, notre n° 6 porte l’un des costumes qui peuvent lui Convenir ; un fourreau de