niaises adoptaient naturellement des devises en harmonie avec leurs prédilections ; à uneépoque où, rappelons-le, la beauté pour les femmes équivalait à une dot, où l’éducations’acquérait moins facilement que la fortune, où Prud’homme, sortant du théâtre, en-tendait dire à une nouvelle marquise, ex-blanchisseuse : « laquais, aveignes Tescalier que jemonte dans ma carriole, » on devine aisément que, malgré l’inégalité des œuvres, lesplus plates avaient néanmoins un nombreux public. L’influence des plus relevées se dé-celait principalement par la modification qu’elles amenaient dans l’allure naturelle desgens; la contagion fort étendue, causée par la lecture de Werther, se montrait dans l’air desimple et froid spectateur, affecté par un certain nombre de jeunes gens affichant le dégoûtde la vie; ou bien, variante d’un thème fort analogue, ayant comme Châteaubriant,« le culte de la jeunesse et de la beauté, mais ne jouissant de la vue de ces dons divinsqu’avec une ivresse troublée par l’idée qu’ils étaient passagers. » (Sainte-Beuve.) Ter-minons ce tableau, nécessaire pour se reconnaître dans cet ensemble bigarré enrappelant que, sous le Consulat, il n’y avait plus ni titres nobiliaires officiels, ni distinc-tions honorifiques. La légion-d’honneur n’était encore qu’en projet; parmi les puissantsdu jour les créations de ce genre rencontraient de l’hostilité. Les armes d’honneur distri-buées aux soldats n’étaient pas approuvées par tout le monde, et Moreau, voulant encombattre l’institution par le ridicule, venait, au milieu d’un repas pompeux, à la suited’un plat réussi, de faire comparaître son cuisinier pour lui décerner une casserole d’hon-neur (Montgaillard, Histoire de Francs). Enfin, et en réalité, commençait l’indifférence ducostume; dès 1800, une proclamation du préfet de police entrant en fonctions disait auxhabitants de Paris « Vous aurez la liberté des cultes,... celle du costume... » et, de fait,depuis ce temps il est loisible à chacun de se produire à sa guise.
L’exercice de ce droit est affirmé dans notre tableautin. C’est un ci-devant qui estlà-bas, au second plan ; il porte le collet noir que rasaient jadis les sabres des hussardsd’Augereau; sa tenue ne laisse d’ailleurs aucun doute sur son caractère; les émigrés ren-. très affectaient de conserver la chevelure en queue, la perruque poudrée; ils tenaientleur chapeau sous le bras, à l’ancienne mode; beaucoup d’entr’eux, pour faire parade deleur caste, de leur opinion, pour braver le pouvoir, ce qui était leur ton, se produisaientavec des costumes propres aux pays étrangers où ils avaient séjourné. Parfois on con-servait même les guêtres du voyage.
L’élégant assis, d’allure britannique semblable à un gentleman d’Hyde-park, écoutantune dame surannée de même ton, est un de ces royalistes qui revenaient sur la terre del’égalité pour y faire montre de leur aristocratie et de leur résistance aux événements ac-complis. Le plaidoyer en faveur des vieilles causes qui s’appelle le Génie du Christianisme,alors dans tout l’éclat de sa récente apparition, prêtait à ces idées une certaine grandeur.L’isolement, l’attitude de notre homme au collet noir, permettent de penser que l’obser-vateur a voulu peindre l’un de ceux qui revenaient en 'promenade a Longchamp, après y