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Tome VI.
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joue, non sans goût, avec les oripeaux disposés sur les types consacrés dont elle habille sesenfants. Le bambino est un petit bonhomme portant toujours des vêtements faits à sa taille,ce qui contribue à lui donner cette physionomie particulière, si souvent tout à fait charmanteque prend sa beauté native, et il en est de même pour les petites filles, plus vives, plus préco-ces, et naturellement gracieuses.

En somme, ces gens qui posent dans nos académies et dans nos ateliers, et venus de cescampagnes où Chateaubriand reconnaissait partout des traces profondes des anciennes mœurs,sont des malheureux qui apparaissent dépourvus du ressort moral que l’on rencontre si géné-ralement chez nos paysans européens, et cela quoique ces derniers aient eu à subir, comme lesItaliens, le lourd servage des temps féodaux.

Pour les montagnards du Casinum, la cause de leur abaissement pourrait bien être pluslointaine et plus profonde, et sans recourir autrement à l’histoire qu’à celle que l’on trouvetoute faite dans les dictionnaires, il nous paraît d'un certain intérêt de signaler que les mon-tagnards de la Terre de Labour descendent, selon toute vraisemblance, d’une race dont lacondition fut toute servile dans la vieille société romaine. Les gens du Casinum seraient lesdescendants directs de ceux des Lucaniens dans lesquels, à la fin de la seconde guerre punique,les Carthaginois trouvèrent des alliés, ce qui les fit appeler par les autres Lucaniens des plai-nes, les Bruttii ou Brettii, les rebelles. Les Romains enlevèrent toute indépendance à ces belli-queux, en déclarant esclaves publics les gens du Bruttium, qu’ils employaient comme licteursou serviteurs des magistrats. Et cette condition servile a peut-être duré jusqu’aux dernierstemps de l’empire romain. Puis ce fut le joug des barbares, et enfin, quant aux abbayes, ellesne firent guère que des mendiants de ces Latins avilis ; car ils sont singulièrement restés La-tins, à en juger par leur langage à propos des pièces de leurs costumes, au sujet desquellesnous avons voulu nous renseigner auprès de deux de ces Italiennes portant des accoutrementsdu genre de ceux que contiennent nos planches, et appartenant à ces tribus qui logent dansnos faubourgs, y menant cette vie à part où personne ne pénètre, s’aimant entr’eux, commeles gueux de Béranger, et, selon toute apparence, insoucieux de leur destin avilissant préparéde si longue main, et accepté par eux plutôt avec gaieté qu’avec mélancolie.

Ces deux paysannes, également illettrées, ne sachant pas même lire, sont la mère et la fille :la mère ne comprenant pas un mot de français, la fille le parlant assez pour fournir, non l’ex-plication, mais l’application des termes employés par la mère, une vieille parcheminée, à laquellenous avons fait passer en revue les différentes parties du costume et surtout du costume féminin.Ces renseignements, d’une tradition tout orale, nous paraissent particulièrement précieux en unsujet comme le nôtre. La consultation ayant porté en même temps sur la planche ayant poursigne H B, il n’est pas inutile d’avoir aussi celle-là sous les yeux. Ce sont d’abord ces deuxfemmes, originaires du monte Cassino, qui nous ont donné la certitude de la provenance dela famille de nos pifferari, photographiés à Paris. Au pays natal, c’étaient des voisins. Levieux chef de ce petit clan, c’est Angelo — pauvre Angelo, il est mort ici — ; son fils aîné,