propre aux mœurs espagnoles. A la différence de l’antique maison romaine, dans laquelleune famille unique jouissait des douceurs de la cour reculée du péristyle, la cour de l’habi-tation chez les Espagnols de moyenne condition est ordinairement commune à des locatairesdifférents. Les mœurs en ont fait un endroit neutre, où chacun conserve l’indépendancede son action ; on peut se promener dans le patio, dit Théophile Gautier, y lire, être seul ouavec les autres; on s’y rencontre sans passer par l’ennui des visites formelles et des présen-tations ; on finit par s’y connaître ; on s’y lie selon son goût. Les dérivés du nom latin dela cour de la maison espagnole expriment les traits de son caractère. Sans compter pace,en temps de paix, paiiens, qui supporte, souffre, endure, et patior, acquiescer, s’accommoderà l’humeur de tous, il semble que jusqu’à pactio, pacte, accord, traité, soient autant d’expres-sions à sous-entendre dans le nom générique du patio.
Cette cour méridionale comporte d’ordiuaire le rez-de-chaussée et un premier étage dontles portes-fenêtres donnent sur une galerie qui en fait le tour. Théophile Gautier a laisséla description du patio d’un bel hôtel de Tolède qui est d’une valeur typique. Entouré decolonnes et d’arcades, avec un filet d’eau dans son milieu, ce patio de riche maison estpavé de marbres de couleurs formant mosaïque; il est orné de puits de marbre blanc etd’auges revêtues de carreaux de faïence pour laver les verres et les jattes; la galerie supé-rieure, sur laquelle s’ouvrent les fenêtres et les portes des appartements, a un balcon de fertravaillé circulant tout autour. C’est ce genre de patio, enjolivé de pots de fleurs et de caissesd’orangers, qu’il appelle mie cour-salon, que Gautier a pris plaisir à peindre ; on y descend]es tableaux, les chaises, les canapés, jusqu’au piano ; et lorsque, comme à Grenade ou àSéville, l’agrément d’un jet d’eau ou une fontaine s’y ajoute, il n’est rien de plus délicieux.Ce qui est agréable à Madrid, où l’animation des réunions du patio est un des grands charmesde la soirée, devient indispensable dans les maisons d’Andalousie. Là, où le pavé brûle, oùle fer du marteau des portes rougit, où la terre se fend comme l’émail d’un poêle tropchauffé, où le blé éclate dans l’épi sous l’averse de feu tombant du ciel, où pendant desheures le peu d’air qui arrive semble soufflé par la bouche de bronze d’un calorifère, où prin-cipalement de midi à une heure, à l’heure du feu ,fuego, comme on dit en Andalousie, chacunse renfermant chez soi pour faire la sieste, la vie est comme suspendue, les rues absolumentdésertes, les boutiques fermées, et où pour tout l’or du monde on ne déciderait pas un marchandà se déranger pour vendre quelque chose, là enfin, conclut Gautier, où le séjour même desappartements est insupportable (on n’y entre que pour s’habiller, dîner, faire la sieste), lamaison ne serait pas habitable sans la disposition architecturale du patio.
La condition de la maison d’où sont tirés les fragments représentés montre assez que lepatio, la cour à ciel ouvert, avec sa galerie ombrée répondant aux chambres supérieures,est une nécessité qui s’impose à tout le monde. L’exemple d’un patio de luxueuse architectureferait volontiers inférer que le bien-être résultant de cette disposition est un des privilègesde l’opulence. Le nôtre a pour objet de montrer que le patio entre dans l’ordonnance de