DE LA MUSIQUE.
S
de lions et ailés, des processions de personnages de divers caractèresavec des chaussures assyriennes et médiques, composent cet importantmonument, qui rappelle les tableaux des ruines de Khorsabad et deKoyoundjek, mais où l’art est moins avancé. Lorsque au détour d’unrocher je me trouvai en face de ce chef-d'œuvre d’un art barbare , maisprimitif, dit M. Texier, je ne pus cacher mon admiration (1).
Qu’il y ait eu des migrations de Thraces et de Macédoniens versl’Asie Mineure, comme le disent les historiens grecs, cela est admis-sible; mais ces mouvements de translation ne s’accomplirent qu’à desépoques où la Phrygie, la Lydie et la Bithynie étaient depuis long-temps florissantes, et ce ne fut qu’un retour des descendants des Pé-lasges au point de départ de leurs ancêtres. L’Ionie seule fut peupléed’Hellènes, lorsque les Ioniens, après avoir été chassés de l’Égialée parles Achéens, se réfugièrent sur les côtes de l’Asie Mineure, vers 1140avant J.-C.
Si j’insiste sur ces considérations ethnologiques, qui pourront pa-raître, au premier aspect, de peu d’intérêt pour l’histoire de la musique,c’est qu’un des objets importants du septième livre de cette histoire estprécisément de démontrer qu’il y a eu, dans les phases de la musiquegrecque, deux courants opposés, l’un européen ou purement hellé-nique, représenté par les populations doriennes; l’autre asiatique, pro-venant de la Phrygie, de l’Ionie et de la Lydie. C’est par cet antago-nisme, auquel on n’apas accordé l’attention nécessaire, que s’expliquentsans difficulté certains faits de cette partie de l’histoire de la musique,dont le sens vrai n’a pas été saisi jusqu’à ce jour.
Comme chez la plupart des peuples de l’antiquité, les commence-ments de la musique des Grecs et des peuples de l’Asie Mineure, dontl’origine est la même, se rattachent aux temps mythologiques. Les in-venteurs de l’art et de ses instruments sont Apollon, Minerve, Mercure,Pan, Amphion, Hvagnis, Marsyas, Midas, Linus, Orphée, Olen, Phi-lammon, Thamyris et Chrysothémis. L’existence de ces personnages aété considérée en général comme mythique ; cependant il faut distin-guer entre eux ceux qui ont un caractère nécessairement fabuleux etles noms qui ont pu désigner des existences réelles. Il n’y a pas dedifficulté sur le sens absolument mythique des dieux Apollon, Mercure,
(1) Description de l’Asie. Mineure, t. I, p. 214. Les planches qui reproduisent ces tableau:dans le bel ouvrage de M. Texier, offrent en effet un intérêt saisissant.