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HISTOIRE GÉNÉRALE
soit, l’effet produit sur ces nobles chevaliers fut de leur enlever leurancienne rudesse et de les rendre sensibles aux accents de la poésieet de la musique. A leur retour en Europe, la plupart de ces guer-riers parurent d’autres hommes à leurs vassaux.
Environ trois siècles avant la première croisade, les Sarrasins (1)firent, en 820, la conquête de l’Aquitaine et de la Gaule Narbon-naise : ils s’y maintinrent avec des alternatives de succès et de re-vers pendant dix-sept ans (820 à 837). Ce peuple était alors le ci-vilisateur du monde. Son séjour prolongé dans ces provinces dela France exerça, par ses chants et par ses instruments, la plupartinconnus jusqu’alors, une puissante influence sur la formationde la langue romane provençale et sur le goût de la musique .Cette influence est reconnue et constatée par un des historiens lesplus récents de cette langue (2). Telle est la cause pour laquelleles troubadours ou poëtes-musiciens de la France méridionale pré-cédèrent d’environ deux siècles les trouvères du nord et de la Bel-gique Wallonne dans l’art de la poésie chantée, quoique déjà lalangue d’oïï existât lorsque, dans l’Aquitaine , on parlait encoreun latin corrompu mêlé de grec non moins dégénéré.
De ce qui précède ressort ce fait que les premières révélations dela musique mondaine du moyen âge, sur le continent européen, ap-partiennent aux douzième et treizième siècles. Notre douzième livrea pour objet principal cette détermination de l’art; toutefois,d’autres sujets d’une grande importance, lesquels appartiennent àla même époque, y seront traités avec les développements néces-saires, à savoir la notation du plain-chant et celle de la musiquemesurée, la musique à sons simultanés dans les formes du mêmetemps, les altérations du chant romain dans sa nouvelle notation,la musique dans les diverses formes du drame du moyen âge,les instruments et l’orgue , enfin l’histoire de la didactique musicale
(1) M. Francisque Man Jet, Histoire de la langue romane (roman provençal) ; Paris, 1840,p. 34 et suiv. Voir aussi Fauriel , Revue des Deux^Mondes i ann. 1832, t. XIV, sériel.
Le savant Reinauil, Invasions des Sarrasins en France , p. 307 , dit cependant que l’occupa-tion d’une partie du royaume par les Sarrasins n’eut d’autre effet que de retarder le dévelop-pement d’une civilisation qui tendait à se communiquer à toute la société chrétienne de cetteépoque. On s’étonne qu’un homme qui connaissait si bien l’histoire des Arabes ait pu mettreleur civilisation au 9 me siècle au-dessous de celle des Gaules à cette époque. Cette erreur a étérelevée par Fauriel et par M. Mandet.
(2) Fr. Mandet, ouvrage cité, p. 134.