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DE LA MUSIQUE.
tant pour l’oreille que pour la raison, et que cette race s’y complaisecependant, ce serait un phénomène inexplicable, si l’on ne savait quedes habitudes vicieuses, fortifiées par le temps, peuvent oblitérer dela manière la plus absolue les fonctions naturelles des organes in-tellectuels. Toutefois, bien que nous ne soyons pas informés des cau-ses qui amenèrent la fin de cet état de choses dans la seconde moitiédu treizième siècle, il est hors de doute qu’une réaction s’est accen-tuée alors contre le déchant, et que ce fut cette disposition des espritsqui amena la transformation dont ce chapitre est l’exposé. Nous avonsfait voir que cette transformation était déjà patente dès les premièresannées du quatorzième siècle : elle est évidemment accomplie dansles deux chants à trois voix que le lecteur a maintenant sous lesyeux. La distance est immense entre ces pièces et la musique des dé-chanteurs, ou plutôt ces choses n’ont aucun rapport. L’art vrai se ré-vèle tout entier dans les chants de l’Italie ; art faible il est vrai,comme tout ce qui commence, mais certain par ses principes. Eneffet, que de choses déjà dans ce commencement du grand art de Jamusique moderne ! Les successions des consonnances s’y font d’unemanière naturelle et ne présentent plus que de rares incorrections. Lesdissonances s’y produisent, suivant leur nature, par la prolongationdes consonnances et ont leur résolution régulière. La tonalité n’estplus vague, incertaine; on y ale sentiment du ton depuis le commen-cement jusqu’à la fin; le mouvement des voix y est rliythmique etn’a plus rien du boitillement perpétuel des fausses combinaisons dudéchant ; enfin, les croisements incessants des voix ont presque entiè-rement disparu et l’on voit chacune d’elles rester dans son diapason,sauf un petit nombre d’exceptions. Ce qu’elles chantent a un senssaisissable, ce qui n’a jamais lieu dans les œuvres des déchanteurs;c’est, pour nous résumer en peu de mots, le commencement de l’artvrai succédant à l’art faux. Avant de sortir du quatorzième siècle, onverra ces qualités se perfectionner, et l’harmonie consonnante seconstituer en art complet.
Une des singularités les plus remarquables de notre sujet est l’i-gnorance où l’on est resté, jusqu’à ce jour, concernant les faits quiviennent d’ôtre exposés : de savants musiciens, tels que Martini etForkel, des érudits comme Hawkins et Burney, et même des écri-vains modernes qui ont mieux connu les sources, ont fait des histoiresde la musique sans savoir que le quatorzième siècle fut le berceau de la