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voyage que Raphaël fit à Florence le rendît enfinà la peinture. L’artiffe romain lui enfeigna les ré-gies de la perfpeélive , & Fra Bartolomeo donnaen échange à Raphaël de favantes leçons fur l’arcde drapper & d’employer les couleurs.
Il avoit trop de douceur pour n’être pas timide Scmodefte. Etant allé à Rome, il fut tellement frappédu mérite de Raphaël & de Michel-Ange, qu’iln’ofa entreprendre que deux tableaux d’une feulefigure ; l’un devoit repréfenter Saint-Paul , & l’autreSaint-Pierre -, mais trop peu fatisfait de lui-même, illaiffa le dernier imparfait.
De retour à Florence & loin de fes émules , il repritcourage, & entreprit, pour différentes maifons de fonordre, des tableaux qui firent connoître que la vuede Rome avoit aggrandi fa manière. Pour fes figuresdrappées, on le comparoit à Raphaël ; pour fes figuresnues, on ne le comparoit qu’à lui même. Il fit unSaint Sebafiien dont les formes étoient fi belles, &les chairs fi délicates, que les religieux crurent devoirle retirer de leur églife parce qu’il faifoit fur les feusde quelques femmes de trop vives impreffions.
Fra Bartolomeo ne fe permettoit de rien peindrefans confulter la nature, & ne traçoit jamais aucunefigure fur le paneau ou fur la toile fans avoir faitauparavant des cartons bien arrêtés pour les formes,les lumières & les ombres , feule manière peut-êtred’atteindre à la grande perfeélion. Bien affuré desformes par ce premier travail, il pouvoit fans dif-traélion s’occuper de la couleur & des opérations dupinceau. Nos moins habiles peintres mépriferoientaujourd’hui cette pratique qu’ils appelleroient timide \