LA RENAISSANCE EN FRANCE.
I v
eu des prétentions à marcher sur les traces de Vitruve ? Certes, ce n’est pas dansVasari, qui ne laisse rien soupçonner de semblable. Le titre de Surintendant desbâtiments du roi qu’il porta à différentes reprises n’implique pas une actiondirecte dans tout ce qui s’est fait durant le temps de sa charge; car autrementil faudrait mettre sur le même rang Philibert Babou de la Bourdaizière et Nicolasde Neufville, seigneur deVilleroy, ses deux prédécesseurs. Tout au plus accor-derons-nous à un artiste, dans la circonstance, une plus grande part d’influence,la tentation de mettre la main à l’œuvre, sans pouvoir arriver néanmoins àse substituer à qui que ce soit.
Fra Giocondo, ‘ depuis la publication des Comptes de Caillou, a perdu beau-coup de son prestige. Il n’est plus l’architecte auquel on aimait à attribuer desconstructions de toute sorte. Son bagage, désormais très léger, nous laissepresque indécis sur le genre de mérite qu’il faut lui accorder. Du reste, lesconsciencieuses recherches, qui sont l’honneur de notre temps, ne lui ont pas étéplus favorables en Italie qu’en France et personne ne songe plus maintenant àlui faire honneur du palais du Conseil, à Vérone. Il est vrai qu’à défaut demonuments on se plaît à célébrer des dessins dont l’authenticité laisse quelquepeu à désirer. La renommée du célèbre dominicain, toutefois, semble parfaite-ment justifiée dans une certaine mesure, tandis que l’on se demande sur quoirepose celle de Dominique de Cortone, autrement dit le Boccador. Venu enFrance au temps de Charles VIII, il aurait attendu quarante ans, paraît-il, pourfaire montre de son talent. Bien plus, contrairement à toutes les vraisemblances,sans parler de ce que les documents nous font savoir, on veut qu’en moins dedeux mois — nous parlons sérieusement — il ait porté jusqu’à la hauteur dupremier étage l’Hôtel de Ville de Paris. Et, comme si cela ne suffisait pas,dans le même temps son nom est encore invoqué à propos de Saint-Eustache.Voilà pourtant où on en arrive lorsqu’on veut forcer les textes et faire à toutprix un architecte d’un simple charpentier.
D’ordinaire, les artistes appelés à se signaler hors de leur pays nataldemeurent fidèles à l’enseignement qu’ils ont reçu. Pour eux, c’est une affaired’amour-propre autant que de saine raison ; car s’il est difficile de recommencerson éducation, il ne l’est pas moins de renoncer à la supériorité que l’on croitposséder relativement au peuple au milieu duquel le hasard vous a parfois trans-porté. D’après cela nous devrions trouver dans les constructions élevées chez nousdurant le xvi e siècle des copies de ce qui se voit au delà des monts. Mais rien desemblable ne se produit nulle part et nos châteaux ont un tout autre aspect que