ILE-DE-FRANCE.
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Bien que Catherine de Bourbon ait porté le titre d’abbesse dès l’année 1539,elle n’exerça en réalité les fonctions de sa charge qu a partir de 1553. Mais lestemps étaient alors bien troublés et, d’ailleurs, se fût-elle mise immédiatement àl’œuvre que les guerres de religion n’eussent rien laissé subsister de ces premierstravaux. L’abbaye de Notre-Dame eut particulièrement à souffrir de la fureurdes huguenots, ainsi que nous l’apprennent les chroniqueurs contemporains. Il estdonc très probable que le monument dont nous admirons un important débrisne fut commencé que beaucoup plus tard, lorsque le pays, si longtempstourmenté, put songer à réparer ses désastres. A tous ces renseignements ilfaut ajouter encore une étude attentive de la sculpture en question, qui nepermet pas de remonter au delà des dernières années du règne de Elenri III.Marie de Bourbon n’existait plus alors depuis au moins quarante années, mais samémoire vivait toujours dans le cœur de la pieuse abbesse, qui eut, avant demourir, la consolation de conduire à bonne fin le projet quelle avait rêvé 1 .
Durant toute la première moitié du xvi e siècle, l’art nouveau, dans sonapplication aux monuments religieux, fut une sorte de compromis qui res-pectait jusqu’à un certain point les formes consacrées par le moyen âge. Laguerre n’était pas encore déclarée aux arcs-boutants, qui continuaient àmaintenir des voûtes en croisées d’ogives, avec accompagnement de bernes,formerets et bercerons. Quant aux colonnes classiques substituées aux finesmoulures d’autrefois, on eût dit qu’elles cherchaient à se faire oublier. Aussi, lesvoyons-nous, suivant les cas, s’amincir, s’allonger ou se superposer adroitement,de manière à conserver aux édifices leurs sveltes proportions et leur incom-parable légèreté. Mais cet état de choses ne pouvait se prolonger indéfiniment,et Philibert de l’Orme nous apprend que, de son temps, ceux qui avaient« quelque cognoissance de la vraye architecture » ne tenaient plus aucuncompte de ce qui s'était fait précédemment 2 .
Nulle part, toutefois, le changement dont nous parlons ne se manifestaaussi profondément que dans le chœur de l’église Notre-Dame, à la Ferté-Milon. C’est une rupture complète avec le passé et, désormais, il ne resteraque bien peu de chemin à faire pour arriver aux solennelles et froides concep-tions qui trop longtemps s’imposeront au goût public. Seulement, tous les détails
1. M. de Guilhermy n’a pas discuté la question de date. Il dit seulement : « Marie de Bourbon est a genoux sur uncoussin; elle porte une couronne, une coiffe et un collier enrichis de pierreries, une double robe et un surcot, garnis d or-fèvrerie et de pierres précieuses, une fraise élégamment plissée, un manteau à col et doublure d’hermine » Monographie deSaint-Denis , p. 304.
2. Le Premier Tome de P architecture, etc. Paris, 1568, p. 107 t°.