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Tome I.
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ILE-DE-FRANCE.

Toutefois, avant de poursuivre plus loin, faisons connaître le petit documentsuivant, qui peut donner à rêver aux érudits :

« Au dit Pierre du Juglard pour le parfait de son voiage et despense àvenir de Ferrare et Venise jusques à Fère en Tartenois, oultre C escuz soleilque lui bailla Monseigneur de Roddez sur les deniers susdits

VIII XX V liv. t. 1 »

Qu’était ce t artiste 2 , très probablement italien, bien que son nom ne l’in-dique guère ? Quelle part faut-il lui attribuer dans les vastes constructions entre-prises par le connétable ? Si nous ne nous trompons, Georges d’Armagnac, quisuccéda à François d’Estaing sur le siège de Rodez en 1530, ne fut nomméambassadeur à Venise que quatorze ans plus tard 3 4 . Il occupa ce poste peu detemps, puisque nous le retrouvons au même titre à Rome, près du papePaul III, qui mourut, on le sait, en 1549. Donc le voyage en question eutprécisément lieu durant les grands travaux d’Ecouen, à une époque où Annede Montmorency ne pouvait guère songer à porter ailleurs ses ressources etson activité. On ne saurait objecter que Georges d’Armagnac, ayant conservéson évêché jusqu’en 1562*, a pu, longtemps après, être encore désigné sous lenom de « Monseigneur de Roddez ». Le document cité, en effet, permet diffi-cilement de douter que notre prélat ne demeurât à Venise lorsqu’il cc bailla »à Pierre du Juglard les « C escuz soleil » destinés à payer son voyage.

D’après cela, toute idée de ravir à Jean Bullant une part de la gloire quilui revient comme architecte de Fère-en-Tardenois, doit être abandonnée.Seul, il a lutté avec les Romains dans la construction de ce pont gigantesquequi mériterait de passer à bon droit pour une des œuvres les plus remar-quables du xvi e siècle, jeté à 20 mètres de hauteur une longue et magnifiquegalerie dont les débris nous étonnent par leur simplicité grandiose, et pré-paré à un château la plus merveilleuse entrée que l’imagination des poètes aitpu rêver jamais 5 .

Du reste, la grande et belle eau-forte qui accompagne cet ouvrage suppléeavantageusement à toute description, et mieux vaut, au lieu de s’attarder sur

1. Archives nationales , J. 961, n° 133. Document inédit communiqué par M. Louis Courajod.

2. Tout fait supposer du moins qu’il s’agit d’un artiste, bien que la pièce soit muette sur ce point.

3. Histoire de la cathédrale de Rodej } par L. Bion de Marlavagne, 1875? P- 9 ^- Georges d Armagnac, fils dePierre d’Armagnac, avait puisé le goût des arts auprès de Louis d’Amboise, son cousin, frere du créateur de Gaillon.

4. A cette date il fut nommé à l’archevêché de Toulouse.

5. Cette galerie mesure 61 mètres de longueur sur 3 mètres 30 centimètres de largeur. Les piles qui supportentles cinq grandes arcades, ornées à l’extérieur de grosses pointes de diamant, sont de forme parallélogrammatique et pré-sentent en plan une surface de 12 mètres carrés de maçonnerie.