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LA RENAISSANCE EN FRANCE.
ordonnant de placer sous les yeux de quiconque entrait dans son château l’in-scription suivante : Virtvti fortvnaq.’ vincit f il entendait ne rien celer desmoyens qui avaient permis à l’héritier d’une humble famille d’Auvergne® de riva-liser pour le luxe et la magnificence avec les plus grands seigneurs de son temps.
Nous avons parlé des niches qui, au nombre de cinq, sont rangées sur unemême ligne à la hauteur des bras du pont-levis. Leur exécution est très soignéeet l’artiste qui a mené à bonne fin ce travail a véritablement fait preuve d’untalent exceptionnel. On sent que sa main n’hésitait pas plus que son esprit,que pour lui la grâce n’avait pas seulement un charme tout particulier, maisqu’il tenait à faire marcher de pair une certaine fermeté dont nous trouvonsla trace à chaque époque remarquable. D’ailleurs, les parties les moins en vuene sont pas plus négligées que les autres, ainsi que le montrent, au revers duportail, une seconde série de dais et de culs-de-lampe qui atteignent, à notreavis, la limite de la perfection.
Toutes ces niches, naturellement, étaient destinées à recevoir des statuesqui, peu d’années auparavant, eussent symbolisé des Vertus 3 . Mais, avec l’intro-duction de la nouvelle architecture, les idées avaient pris un cours bien différentet le possesseur d’un château, fût-il revêtu de dignités ecclésiastiques, commec’était ici le cas 4 , se croyait obligé de sacrifier aux divinités de l’Olympe. Nousne sommes donc pas étonné de voir figurer à la place d’honneur Jupiter enpersonne, parfaitement reconnaissable à sa pose classique, lors même qu’undébris de son oiseau consacré ne serait pas à ses pieds s . Il est vrai que là sebornent les indications que nous pouvons donner, car rien aujourd’hui ne fait plusdeviner de quoi se composait le cortège du roi des dieux 6 .
1. C’est la restitution de M. Sauvageot (op. cit., p. 36), qui naturellement a tenu compte des indications existantes.
Or, nous avons lu comme lui : VI... TI FORTVNA.IT. — M. Aufauvre (Monuments de Seine-et-Marne ) a donc tort
d’écrire: Virtute et Fortuna Vincit, bien que grammaticalement la phrase semble plus correcte. — Une autre devise du chan-celier : Heurtant a point, se lit sur une porce à claire-voie, vers le milieu du grand escalier dont il sera question plus tard.
2. Il était né à Issoire, en 1463.
3. Tout au moins des vertus guerrières. On ne peut expliquer autrement ces statues de Preux qui se voient sur lestours du château de Pierrefonds et celles de Preuses, sur les magnifiques débris du château de la Ferté-Milon. En outre,au-dessus de l’entrée de cette dernière habitation, était sculpté un grand bas-relief représentant le couronnement dela Vierge.
4. Peu après la mort de sa femme, en 1507, Antoine du Prat entra dans les ordres et devint rapidement évêque deMeaux, archevêque de Sens, et enfin cardinal en 1527.
5. Dans la salle des gardes se trouve également un médaillon avec cette inscription : jovi genitori et protectori.Suivant quelques-uns, Jupiter ne serait autre que François I er protecteur de Du Prat. Nous n’y contredirons pas.
6. A moins toutefois, que l’on ait encore recours à la décoration de la salle indiquée précédemment. Là se voyaient,dans deux autres médaillons, aux côtés de Jupiter, une Minerve et un Mercure, si nous en jugeons par les inscriptionsqui seules ont été conservées : Minervae protectori — Eloqventiae et fidelitati. Toujours, suivant certains inter-prètes, la première figurait Louise de Savoie et le second Du Prat lui-même. Sur les côtés en retour delà cheminée qui porteces ornements, nous avons encore lu, à gauche, le mot : eïaokîae et,' à droite, le commencement de phrase suivant : Prv-dentia nota..., allusion sans doute à deux vertus du chancelier, la Bienveillance et la Prudence.