Band 
Tome I.
Seite
164
JPEG-Download
 

164

LA RENAISSANCE EN FRANCE.

ne poursuivit pas sans interruption l’accomplissement de ses vastes projets.

Ceci nous amène tout naturellement à rechercher si le château de Nantouil-let a jamais formé un quadrilatère complet. Pour notre part, nous ne le pen-sons pas. Dans les conditions où se trouvait cette habitation, il n’y avait nullenécessité de fermer entièrement une cour qui eût à peine mesuré jo mètresde côté. Si pareille idée est d’abord venue à l’esprit de farchitecte, il y aurabientôt renoncé et, probablement, faut-il voir là un des motifs qui ont fait donnerà l’enceinte un aussi grand développement. Ce parti offrait, d’ailleurs, l’avantagede rappeler certaines dispositions des villas italiennes, auxquelles Du Prat nepouvait être insensible. Tout en ne recherchant que des maîtres français et,sur bien des points, demeurant fidèle aux traditions de son pays, il n’oubliaitpas ce qu’il avait vu au delà des monts et accueillait favorablement les modifica-tions apportées aux anciens programmes, quand il ne les imposait pas au besoin.

Sans aucun doute on aura remarqué la singulière place réservée à lachapelle dans la construction du château de Nantouillet. Néanmoins, ce seraitune erreur de croire que nous sommes là en présence d’un fait anormal, d’unefantaisie d’artiste uniquement préoccupé de trouver une combinaison pittoresque.Bien plutôt, dans la circonstance, obéissait-on à une sorte d’usage, car il n’estpas rare, aux époques précédentes, de voir ainsi le lieu de prière relégué au-dessus de l’entrée des grandes habitations. Seulement, ou nulle saillie ne s’accusaitau dehors comme à l’hôtel Jacques Cœur, à Bourges 1 , ou son peu d’importancepermettait-il d’avoir recours à un encorbellement, comme au château de Martain-ville, en Normandie 2 . Mais nul ne s’était encore imaginé de faire porter toute uneavance considérable sur deux frêles colonnettes, d’utiliser une base embarrassanteen créant, grâce à elle, un portique aussi élégant qu’original. Il est vrai qu’une foismise en pratique cette idée devait avoir un certain succès. Pierre Chambiges, àChalluau 3 , s’en empare quelques années plus tard et si nous ne pouvons plus aujour-d’hui admirerson œuvre 4 5 , au moins ne manquons-nous pas de renseignements pouren apprécier la valeur. « A l’entrée, dit Du Cerceau, est un perron à trois pans. Audessus est une chappelle couverte, le dosme dessus s .» Puis le célèbre architecte donne

1. Voir les deux plans donnés par Viollet-le-Duc, dans le tome VI de son Dictionnaire raisonné, etc., p. 277 61279.

2. Sauvageot, Palais, Châteaux , etc., tome IV.

3. Dans la commune de Dormelles, canton de Moret. Quant à la participation de Pierre Chambiges, à cette con-struction, elle résulte de sa parfaite ressemblance avec le château de Saint-Germain-en-Laye, ainsi que nous ne tarderonspas à le démontrer.

4. Le château de Challuau existait encore en 1840. A cette époque, il fut vendu par la famille de Caumartin à unM. Jeauti qui, après l’avoir fait démolir, édifia sur son emplacement une modeste maison bourgeoise badigeonnée en jaune.

5. Les plus excellents Bastiments de France, 11 e vol.