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LA
RENAISSANCE
EN
FRANCE.
là seulement que l’on peut en trouver la preuve. Tous les sujets empruntés àla Bible ou à l’Évangile 1 sont bien dans le ton du grand artiste qui, presquepartout, a comme apposé sa signature en reproduisant certains détails d’ornemen-tation pour lesquels il semble avoir eu un goût tout particulier 2 . Ajoutons quele dessin est plein de fermeté, sans roideur, la couleur suffisamment vive et trèsagréable à l’œil. Suivant nous, le xvi e siècle a peu produit de pages qui méritentautant d’attirer l’attention et, véritablement, on ne s’explique guère l’oubli pro-fond constaté tout à l’heure 3 .
D’autres peintures, mais celles-là purement décoratives, se font encoreremarquer en différents endroits du château 4 . Seulement, au lieu de nous attarderà leur examen, ce qui serait sans grand profit pour le lecteur, il est bien préfé-rable de chercher l’origine des célèbres grisailles qui figurent, d’après les cartonsde Michel Coxcie s , l’incomparable histoire de l’Amour et Psyché. Longtempson a voulu mettre en cause Bernard Palissy qui, dans sa Recette véritable , parle« d’une admirable grotte rustique de nouvelle invention » dont « Monseigneurle connestable » lui avait confié « l’édification 6 ». Mais outre que pareil ouvragen’a pas beaucoup de rapport avec celui qui nous occupe en ce moment, Annede Montmorency, l’histoire en fait foi, entendit seulement pour la première fois,en 1548, parler du potier saintongeois 7 . Or, à cette date, depuis six ans déjà,les vitraux d’Ecouen se trouvaient en place 8 . Force est donc d’abandonner unethèse que condamne la chronologie, à défaut de tout autre motif 9 .
1. En voici la liste: i° Visite de la reine de Saba au roi Salomon (Paralipomènes, ii, 9); 2 0 le Denier de César(Mathieu, xxii); 3 0 Défi d’Elisée aux prêtres de Baal (Rois, 111, 18); 4° les Hébreux manifestent leur joie de la défaitedes Egyptiens ( Exode, xv); 5 0 Isaac bénit Jacob pendant qu’Esaii est à la chasse (Genèse, xxvn); 6 ° Songe de Jacob(Genèse, xxvm) ; 7°Abigaïl, aux pieds du roi David, demande la grâce de son mari (Rois, 1, 25) ; 8° Entrevue de Josaphatet d’Achab (Paralipomènes, 11, 18) ; 9 0 Jugement de Salomon (Rois, ni, 3) ; io° Sacrifice de Saul (Rois, ni, 14). — Pourl’explication de ces peintures nous avons eu recours à un mémoire inédic de M. l’abbé Gallet, curé de Sarcelles, qui, avecune bonne grâce donc nous lui sommes très reconnaissant, nous a autorisé à profiter de ses recherches.
2. Par exemple, il affecte de placer dans la plupart de ses compositions une sorte de pyramide que sa base étroiteet son élévation relative font parfois ressembler à un obélisque.
3. Disons pour excuse que l’on peut très bien parcourir tout le château sans se douter de l’existence des peinturesdont nous venons de parler. De grands volets en dérobent la vue et le visiteur croit passer à côté de simples placards qu’ilne songe certainement pas à faire ouvrir.
4. Notamment aux voûtes de la chapelle.
5. Vasari, Vita di Marcantomo bolognese e di altri intagliatori di stampe 3 ad finem. Les compositions de MichelCoxcie sont au nombre de trente-deux; elles ont été gravées par Augustin Vénitien et le Maître au Dé.
6. Les Œuvres de Bernard Palissy (édic. A. France), 1880, p. 11.
7. Lors de la prise de Saintes, à la suite du soulèvement occasionné par l’impôt de la gabelle. Cf. Audiat, BernardPalissy } 1868.
8. Cinq panneaux sont datés de 1542 et un sixième de 1541.
9. Bernard Palissy dit quelque part ( Œuvres } p. 381) que, ne réussissant pas dans la recherche de l’émail blanc, ilprit « relasche quelque temps, s’occupant a son art de peinture et vitrerie ». D’où nous pouvons conclure que s’il reve-nait parfois à une pratique quelque peu négligée, c’était uniquement pour se procurer des ressources, lorsque le besoin s’enfaisait sentir. Mais rien n autorise a lui attribuer des œuvres importantes qui, par le succès même qu’elles eussent encraîné,fussent très probablement devenues un obstacle au choix de sa carrière.