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LA
RENAISSANCE
EN FRANCE.
descendre jusqu’à l’année 1559 qui vit achever la décoration du château 1 . A cettedate, les fortes moulures étaient déjà en honneur et l’on multipliait volontiersles gaines, les pilastres et autres ornements un peu lourds. Nous ne parlons pasdu mélange des marbres qui a également sa signification dans la circonstance. Seulela Victoire, qui tient en sa main l’épée de connétable 2 3 4 et occupe si bien le centrede la composition, pourrait donner lieu à réfléchir. Mais nous avons affaire ici àJean Goujon, dont la manière ne se transformait pas facilement. S’il eût suivi lecourant, du reste, ce qui se retrouverait en ampleur compenserait à peine lespertes subies en élégance et en noble fierté.
Quoi qu’il en soit, c’est surtout dans la chapelle qu’il fallait jadis aller admirerle grand sculpteur que nous venons de nommer. Là, vers 15 48, si nous ne noustrompons 5 6 , fut élevé le magnifique autel qui porte à un tel degré son empreinteque nul ne peut songer à le lui disputer raisonnablement. « Il doit être de JeanGoujon, dit M. de Montaiglon, ou alors les nymphes de la fontaine des Inno-cents ne seraient pas de lui, et les bas-reliefs du jubé de Saint-Germain-l’Auxerrois,maintenant conservés au Louvre, et qui sont d’autant plus authentiques qu’on ensait la date et le prix, n’en seraient pas davantage. L’identité de style et de goût,le même emploi et le même bonheur du relief bas, la ressemblance du ciseau,l’analogie entre la décoration architecturale de l’autel et celle de la fontaine, —et Goujon était architecte, — la conformité entre la tournure des évangélistes deSaint-Germain-l’Auxerrois et celle des prophètes d’Ecouen*, sont si frappantesqu’il ne me paraît pas pouvoir rester sur ce point le moindre doute s . »
La question d’authenticité ne semble donc pas contestable et, du mêmecoup, les rapprochements qui ont servi à l’établir suffisent à faire juger de l’impor-tance de l’œuvre tf . Du reste, et c’est là un des traits que nous aimons à signaler,
1. C’est ce qui résulte de la solennelle réception faite à Henri II au mois de juillet 1559. Ce prince était déjà venuune première fois à Ecouen en 1547, mais, pour ainsi dire, spontanément, afin de donner au connétable un témoignagepublic de sa haute estime. Quant au second voyage, il n’eut lieu, au contraire, que sur l’invitation pressante d’Anne de Mont-morency, qui, les travaux achevés, voulait procéder avec éclat à l’inauguration de son château.
2. C’est la personnification d’Anne de Montmorency, dont toute la vie fut consacrée aux luttes et aux glorieuxcombats.
3. Jean Goujon, venu à Paris en 1541, fut aussitôt occupé au jubé de Saint-Germain-l’Auxerrois, qui commença, pourainsi dire, sa réputation. Les travaux de ce côté durèrent jusqu’en 1545. A cette date seulement il put donc répondre auxdésirs d’Anne de Montmorency et ce n’est pas trop, croyons-nous, que de demander trois années pour l’exécution de l’auteld’Ecouen.
4. A Ecouen, Jean Goujon avait aussi sculpté des évangélistes et non pas des prophètes.
5. Archives de Part français i re série, xi, 329.
6. Baltard (Paris et ses monuments) a consacré quatre planches à l’autel d’Ecouen, dont on peut, à l’occasion, allervoir l’original à Chantilly. Sur l’autel proprement dit sont sculptées les figures debout des trois Vertus théologales entrecelles assises des quatre évangélistes. Un grand bas-relief, encadré dans une magnifique architecture et représentant lesacrifice à’Abraham, sert de retable.