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Tome II.
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LA RENAISSANCE EN FRANCE.

d’or en tête et une faux à la main, excite du regard et du geste 1 ; mais c’est àpeu près tout ce que l’on peut dire, car les éléments anciens qui subsistent encorejouent un rôle trop peu considérable pour permettre une longue appréciation.

Au contraire, dans les cinq fenêtres de l'abside, il est permis de donnerlibre carrière à son enthousiasme et rien n’empêche de promener sur chaquecomposition un regard tour à tour charmé et surpris. L’œuvre du maître n’estnullement altérée par certaines restaurations de détail et non seulement nouspossédons toute sa pensée, mais encore l’exécution lui appartient véritablement.De nos jours on n’eût pas trouvé ces flots de poésie profonde qui débordent dedifférents côtés. Les grands artistes du xvi e siècle étaient faits pour comprendrele solitaire de Pathmos et il n’est pas étonnant qu’ils se soient engagés dans unevoie qui devait leur être profitable.

Tous les sujets traités à Vincennes ne sont pas dans le genre terrible et ilen est un, tout au moins, qui laisse respirer quelque peu, bien qu’en réalité nousy voyions le prélude de l’action qui va commencer. En effet., tandis qu’un pre-mier ange est occupé, en marquant au front les serviteurs de Dieu, à les pré-server de toute atteinte quand les fléaux les plus divers se déchaîneront autourd’eux, un second, armé de l’épée et du bouclier, lutte contre les « quatre ventsde la terre » qui menaçaient de devancer la colère divine 2 . Il semble donc quele ciel devrait paraître troublé, tandis qu’au contraire l’atmosphère est d’uneadmirable limpidité et qu’en arrière d’une sorte de monticule surmonté d’un belarbre aux pommes d’or resplendit un lumineux paysage. Quant au dessin, à lafois plein de vigueur et de grâce, il rappelle le faire de l’École vénitienne, sanscompter que certaines têtes sont presque dignes du Titien.

Mais voici que tout va changer. Le septième sceau a été brisé parl’Agneau et Dieu vient de distribuer des trompettes aux sept anges qui setiennent devant son trône 3 . C’est le signal des effroyables tempêtes et desgrands bouleversements. Seulement tous les maux ne fondent pas en mêmetemps sur la terre, mais ils se succèdent à de courts intervalles, augmentantainsi le désordre et la confusion. D’abord nous assistons à la destructiondes arbres et des plantes qu’une grêle de feu embrase et dévore presqu’en uninstant; puis, sous l’action d’une montagne enflammée qui se précipite dans son

1. Apoc., XIV, 14-20. Cette figure du jugement dernier eut une grande vogue au xvi e siècle. On la retrouve surune tapisserie de Madrid exécutée d’après un carton d’Albert Durer. Cf. l'Art , février 1876,

2. Apoc. ; VII, 1, 2 et 3.

3. Apoc., VIII, 6.