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Tome II.
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LA RENAISSANCE EN FRANCE.

quand on songe que durant le cours de onze siècles *, non seulement les rois deFrance, mais encore les plus marquants parmi les membres de leur famille onttenu à honneur de reposer en ce lieu \ Malgré cela, il est vrai, nous ne possé-dons pas, comme on serait tenté de le croire tout d’abord, une série de typesdont les plus anciens remonteraient aux premiers âges de notre histoire. Enmême temps que, sous le règne de saint Louis*, se reconstruisait pour la qua-trième fois 1 2 3 4 l’église fondée par Dagobert, les différents tombeaux élevés jusqu’alorsse virent remplacés par des monuments dans le goût du jour. Le point de départétait de la sorte singulièrement rapproché, et la satisfaction d’admirer des œuvresremarquables dut tenir lieu désormais d’un autre genre d’intérêt que le moyenâge ne semble guère avoir soupçonné. Bien plus, on avait un modèle quis’imposa tellement aux futurs artistes qu’aucun d’eux n’essaya, jusqu’à la fin duxv e siècle, de se soustraire à l’obligation de coucher uniformément des statuessur un massif rectangulaire. Les différences, s’il s’en présentait, ne consistaientque dans la plus ou moins grande richesse des détails, mais le principe était lemême, et les dimensions demeuraient toujours à peu près égales.

A peine, au contraire, le magnifique épanouissement de la Renaissancea-t-il commencé à se faire sentir qu’un changement s’opère dans la dispositiondes sépultures royales. Le lit de parade d’autrefois est devenu une plate-formesur laquelle prie le défunt agenouillé. Quant à l’auteur de cette innovation 5 ,les historiographes de Saint-Denis 6 nous ont fidèlement conservé son nom; ils’appelait Paganino 7 , et Charles VIII l’avait ramené d’Italie, lors de sa désas-treuse campagne de Naples 8 . Bien que la sculpture ne fût pas précisément son

1. De Dagobert I er à Louis XV inclusivement.

2. Il n’y a d’exception que pour Louis XI, qui voulut être enterré à Cléry.

3. De 1231 à 1281.

4. Une première reconstruction eut lieu au vm° siècle, une seconde au xi° et, enfin, l’on sait que l’abbé Suger,au xn e , ne laissa pour ainsi dire pas pierre sur pierre de tout ce qu’avaient fait ses prédécesseurs.

5. Nous n’ignorons pas que Louis XI, à Cléry, était aussi représenté à genoux sur son tombeau ; mais devant lui setrouvait placée l’image de la Vierge, ce qui expliquait cette position. « Le xxim e jour de janvier, l’an mil 1111 e im SI et ung(v. s.) a esté faict marché et appoinctement par noble homme maistre Jehan Bourré, seigneur du Plessis-Bourré, conseiller duroy nostre sire, et trésorier de France, avec Conrat de Coulongne, orfèvre, et maistre Laurens Wrine, cannonier du roynostre sire, demourans à Tours, tel qui s’ensuit : c’est assavoir que les dessus dits et chascun d’eulx seul et pour le tout,sans division, ont promis et promettent faire une pourtreture à la samblance et de la haulteur du roy nostre sire, qui soità genouli devant Vymage de Nostre Dame de Cléry, au bout de la tombe de pierre que ledit seigneur a ordonné estre faictesur la représentation de sa sépulture. 11 Magasin pittoresque, 1845, P- 363-364.

6. Dom Doublet, Histoire de Vabbaye de Saint-Denys en France, Paris, 1623, p. 1293. — Félibien, id. Paris,1709, p. 323.

7. Une inscription gravée sur le monument lui-même portait : orvs paganini mvtinensis. De son vrai nom cetartiste qui était, on le voit, originaire de Modène, s’appelait Guido Mazzoni. Cf. Du. séjour de Paganino en France, parA. de Montaiglon, dans les Archives de Part français, t. 1 er , p. 123-128.

8. Etat des gages des ouvriers italiens employés par Charles VIH, 'publié d’après un manuscrit de la Bibliothèquenationale par A. de Montaiglon (Archives de Vart français, t. I er , p. io 3 et 117).