Band 
Tome II.
Seite
90
JPEG-Download
 

9 °

LA RENAISSANCE EN FRANCE.

Juste mérite des éloges pour son heureuse fécondité d’invention 1 . Avant lui, riend’aussi grandiose n’avait été tenté et nous comprenons facilement qu’il soit trouvétrace, chez les contemporains, de la profonde impression causée par la vue d’un pa-reil monument. On évoquait au besoin le souvenir des merveilles de l’antiquité etsi l’on consentait à reconnaître qu’il eût existé jadis quelque chose de plus richeet de plus magnifique, c’était uniquement en faveur du tombeau de Mausoledont nul, au reste, ne se faisait alors une juste idée 2 .

Cependant, le premier engouement passé, nous soupçonnons bien que desstatues placées à une aussi grande hauteur et sans relation aucune avec toutce qui les entoure durent soulever quelques critiques. Pas plus que Paganino, enagissant de la sorte, Jean Juste ne semble avoir compris le motif de la disposi-tion adoptée à Cléry, où Louis XI était représenté à genoux devant l’image dela Vierge. Dans son désir de produire un effet pittoresque, de faire pyramiderson œuvre, nous le voyons renchérir encore sur l’erreur du tombeau deCharles VIII 3 . De même en rompant avec certaines traditions du moyen âge, iln’est parvenu qu’à accuser ouvertement, entre la plupart de ses figures, unechoquante inégalité de proportion. Si les Apôtres sont trop grands pour jouersimplement un rôle décoratif, ils ne le sont pas assez quand on les compare auxVertus voisines. Mieux eût donc valu, ainsi que nous le verrons dans la suite, aulieu de donner une importance irrationnelle à ces personnages évangéliques, lessupprimer entièrement 4 . Par là, le monument se fût trouvé gagner l’unité qui luimanque et conséquemment remplir l’une des conditions les plus indispensablesde l’art.

Si l’on s’en tenait à la lettre des documents publiés jusqu’à ce jour, nulautre sculpteur que Jean Juste n’aurait travaillé au tombeau de Louis XII. Mais

1. L’ordonnance publiée par M. Grandmaison ( Documents inédits, etc., p. 225-226) semble bien désigner JeanJuste comme l’architecte du monument, puisqu’il y est question <1 des fraiz par lui faiz pour la façon de la cave et voulte,pour mectre le corps desditz feuz roy et royne. » Seulement il n’en reste pas moins inexplicable que des dispositions aussiétrangères à tout ce qui se voit en Italie aient été justement inaugurées chez nous par un Italien.

2. Le printemps d'hiver, contenant plusieurs histoires discourues en cinq journées, etc., par Jacques Yver, seigneur dePlaisance. Paris, 1598, p. 124. La première édition est de 1572.

3. Voici comment, au xvn e siècle, un grand sculpteur italien jugeait cette innovation. « Parmi d’autres sépultures,l’on a montré au Cavalier celle de François I er et de sa femme et enfants. L’ayant un peu considérée, il a dit : Stanno quimolto male. » Journal du voyage du cavalier Bernin en France, dans la Gafette des Beaux-Arts, i88t, t. XXIII, p. 278.

4. Les pleureurs et les pleureuses que nous voyons, par exemple, rangés dans une série de niches autour destombeaux des ducs de Bourgogne, à Dijon, peuvent être impunément petits, parce que, rentrant dans la décorationproprement dite, ils n’ont aucune prétention à la réalité. Mais l’état intermédiaire choisi par Jean Juste est tout à faitinacceptable. En outre, nous sommes tenté de nous demander ce que les Apôtres viennent faire à cette place. Sans doute ilsfiguraient déjà au tombeau de Louis d’Orléans et de Valentine de Milan, élevé par ordre de Louis XII dans la chapelledes Célestms de Paris (aujourd’hui à Saint-Denis); mais ce n’était pas une raison suffisante pour sortir de nouveau, à cesujet, des saines traditions.