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LA RENAISSANCE EN FRANCE.
sables d’avoir mis uniquement en avant le troisième fils du vieux Giusto, car,outre que la conception doit être son ouvrage, il a très certainement exécutéles parties les plus importantes du monument, en même temps qu’il portait sonattention sur tout l’ensemble des travaux. Partant de ce point de vue qui est levéritable, nous pouvons donc affirmer que les admirables statues des gisants sontdues au ciseau du maître indiqué 1 . Autrement le nom de l’artiste qui a sculptéces chefs-d’œuvre, dans le passage cité de Brèche tout au moins, eût très cer-tainement remplacé celui de Jean Juste. En second lieu, nous croyons que lesdeux figures à genoux sur la plate-forme du monument sont en droit de reven-diquer la même origine. Le caractère de simplicité qui les distingue les rapprochedes précédentes, et, bien que n’étant pas faites pour frapper autant les esprits,elles n’en laissent pas moins de tenir un haut rang parmi les sculptures qui mé-ritent nos éloges.
Tout au contraire la plus grande réserve est commandée relativement auxApôtres et aux Vertus., qui révèlent une inspiration très différente. On se sent enprésence d’un art moins élevé, qui cherche à produire de l’effet et ne craint pas,dans ce but, de descendre jusqu’au maniérisme. Et cela n’exclut pas l’exagérationdes formes, qui donne comme un avant-goût de l’école de Fontainebleau. Aussi,sans trop d’étonnement, reconnaissons-nous ici la participation de Juste de Juste 2dont le nom figure sur la liste des premiers artistes enrôlés par le Rosso 3 . Venu enFrance en même temps que les autres membres de sa famille, il semble qu’au lieude suivre son père à Gaillon, il soit demeuré avec son oncle sur les bords de laLoire. Toujours est-il qu’un règlement de compte daté de 1521 nous le montretravaillant pour Jean Juste, précisément à une date où le tombeau de Louis XIIétait en pleine exécution 4 . De ce fait on pourrait même inférer que les seize
1. Suivant M. de Montaiglon ( Ga\ette des Beaux-Arts, 1875, t. XII, p. 526), qui cherche à expliquer unpassage de Sauvai où il est dit que le « superbe mausolée de Louis XII » a été sculpté dans un jardin attenant à la partiede l’hôtel Saint-Paul achetée en 1554 par la duchesse d’Etampes (Histoire et recherches des antiquités de Paris, t. II,p. 121), non seulement les deux gisants ne seraient pas de la main de Jean Juste, mais encore c’est à Paris qu’ils auraientété exécutés par nous ne savons quel artiste. A cela nous répondrons que le témoignage d’un historien du xvn e siècle—• Sauvai est mort en 1673 — ne sau rait infirmer celui de Grossino, qui a vu travailler en Touraine « à de nombreusesgrandes figures ». Or, comme la qualification indiquée exclut nécessairement les Apôtres, l’agent du marquis de Mantoue abien certainement fait allusion aux deux gisants qui, avec les statues à genoux et les quatre Vertus , formaient un ensemblerespectable. L’erreur de Sauvai vient sans doute de ce que, dans le jardin dont il parle, furent sculptés plus tard lestombeaux de François I er et de Henri IL Ne connaissant pas les documents qui sont aujourd’hui entre nos mains, il se seraimaginé qu’il en avait été de même du « mausolée de Louis XII ».
2. Si nous persistons à dire Juste de Juste et non pas Juste de Just, comme on l’a fait jusqu’à ce jour, c’est que lemême nom propre italien ne peut être traduit de deux façons différentes. Or, Giusto correspondant à Juste, Giusto diGiusto doit nécessairement passer dans notre langue sous la forme que nous indiquons.
3. Nouvelles archives de Fart français, 1876, p. 90-92. — Comptes des bâtiments du roi, t. I er , p. 95.
4. Nouvelles archives de l’art français, 1876, p. 82.