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Tome II.
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LA RENAISSANCE EN FRANCE.

I j 2

Comme la plupart des édifices de quelque importance, celui qui nous occupeest longtemps resté en construction. Bien que la première pierre en ait été poséele 19 août 1532, on y travaillait encore dans les dernières années du règne deLouis XIII. Du reste, des dates, plus nombreuses que partout ailleurs, inscritestantôt sur les piliers de la grande nef, tantôt aux voûtes des chapelles ou encertains endroits très apparents de l’extérieur, nous renseignent à ce sujet aussiexactement que des pièces d’archives. Grâce à elles nous savons que, contraire-ment à l’habitude, le monument a été commencé par la partie centrale. Ce n’estpas le chœur, mais le transept qui d’abord a appelé l’attention de Pierre Lemercier.A proprement parler, cet architecte ne peut revendiquer, en dehors de la croisée,que les quatre premières travées du côté de l’orient 1 . Seulement l’esprit qui aprésidé à toute la construction se trouve là dans son développement le pluscomplet et, autant que la chose était possible, on n’a fait que suivre le pro-gramme indiqué. Pour se rendre compte des reprises, il faut même observersoigneusement la sculpture qui va toujours en déclinant à mesure que le pointde départ est de plus en plus éloigné.

Après cette première campagne, qui dura quinze années environ, il yeut un long temps d’arrêt et les travaux ne recommencèrent qu’en 1578, par lanef et les chapelles du midi 2 . Mais soit que l’argent ne fût pas aussi abondantqu’il était nécessaire, soit par suite du trouble profond dans lequel Paris étaitplongé à la fin du xvr siècle, deux ans plus tard les chantiers se voyaientde nouveau abandonnés. Pour les rouvrir, il fallut attendre jusqu’en 1620;mais alors, sous la direction puissante de Charles David, petit-fils par alliancede Pierre Lemercier — ce qui confirme l’opinion précédemment émise 3 —les travaux marchèrent avec une telle rapidité que la nef bientôt ne laissa

1. La date la plus ancienne, 1534, se lit sur le chapiteau du pilastre qui sépare la seconde chapelle de la troisième,du côté du nord. Puis vient sur l’un des gros piliers de l’intertransept, au nord-ouest, celle de 1537. Enfin, la deuxièmechapelle, toujours au nord, fut terminée en 1541, la troisième en 1542, la quatrième en 1545.

2. La date de 1578 se lit sur les trois premiers piliers de la grande nef, au nord, et celle de 1580 à la voûte destrois chapelles correspondantes du côté du midi.

3. L’épitaphe de Charles David, qui se voyait autrefois dans l’église Saint-Eustache, était ainsi conçue : Cy devantgist le corps d'honorable homme Charles David, vivant juré du roy es œuvres de maçonnerie, doyen des jurés et bourgeoisde Paris, architecte et conducteur du bâtiment de l’église de céans, lequel, apres avoir vécu avec Anne Lemercier, sa femme,l’espace de cinquante-trois ans, est décédé le 4' jour de décembre 165°, âgé de quatre-vingt-dix-huit ans. Or un pareil docu-ment ne vient-il pas confirmer toutes nos suppositions? Il s’est passé à Saint-Eustache ce que nous avons déjà signalé àSaint-Germain en Laye et à la Muette. Par son mariage avec Anne Lemercier, Charles David se trouvait tout naturellementappelé à continuer les travaux entrepris par le père et le grand-père de sa femme, comme Guillaume Guillain, en épousantPerrette Chambiges, ne pouvait manquer de recueillir la succession de Pierre Chambiges. En outre, nous avons la preuveque Pierre Lemercier fut remplacé d’abord par son fils Nicolas, non seulement à Pontoise, mais encore à Paris. C’est ce quiexplique la persistance du même style dans les parties construites de 1578 à 1580. Le nouvel architecte a tenu à rendre cethommage au talent paternel.