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Tome II.
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LA RENAISSANCE EN FRANCE.

M°

autorisé : « La tête de Comraynes offre tous les caractères d’un portrait sculptéd’après nature et l’expression des traits répond parfaitement à l’idée qu’on sefait de ce rusé courtisan et fin politique'. » A ce titre, nous concevons doncque le Louvre ait donné asile à un monument dont on apprécierait bien plus lavaleur s’il était placé dans le cadre qui lui fut assigné jadis.

A ce propos nous rappellerons que les trois panneaux de la chaire, fausse-ment attribuée à Germain Pilon, qui se voyait dans la même église sont égalementdispersés en différents endroits. Celui du milieu qui représente Saint Paulannonçant aux gentils la parole de Dieu est entré au Louvre après de nombreusespérégrinations 1 2 ; celui de gauche, où le sculpteur a figuré la Prédication de saintJean-Baptiste dans le désert, transporté à Saint-Denis en 1816, décore, depuiscette époque, une chapelle absidale de la basilique, et quant au troisième dontle sujet montrait le Sauveur, debout auprès du puits de Jacob, en compagnie dela Samaritaine, on ne sait trop ce qu’il est devenu. De même deux des statuesqui décoraient les angles ont disparu et cette perte est la plus sensible, car làseulement nous retrouvons la trace d’un véritable talent. Les poses sont élé-gantes et les draperies jetées avec goût. Dans les bas-reliefs, au contraire, toutest parfaitement médiocre et nous ne comprenons guère que l’on ait évoqué àleur sujet l’un des plus grands noms de la sculpture française. Si encore GermainPilon était un de ces artistes qui se fût survécu à lui-même, on pourrait avoirla ressource de dire que nous avons sous les yeux une œuvre de vieillesse.Mais il n’en est pas ainsi et chacun sait aujourd’hui qu’en 1588, époque à laquellefut, dit-on, exécutée la chaire des Grands-Augustins 3 , le maître qui nous occupene comptait pas plus de cinquante-trois années 4 . Force est donc de chercherailleurs la solution du problème. Suivant nous, deux artistes différents et d’untalent fort inégal ont travaillé à ces sculptures et nous ne nous opposonspas à ce que l’on voie en eux des élèves de Germain Pilon. Quel que soit, dureste, le maître dont ils aient suivi les leçons, ni l’un ni l’autre ne méritent àproprement parler d’être placés au premier rang.

A l’appui de tout ce que nous venons de dire, il suffit de rappeler quel’admirable statue de Birague dont M. Courajod a retrouvé récemment les titres

1. F. de Guilhermy, Annales archéologiques, c. XII, p. 94.

2. N° 123 du catalogue qui n’indique aucune provenance.

3. Millin, Antiquités nationales, t. III, p. 27. — Piganiol de la Force, Description de Paris, t. VII, p. 124. Ilest à remarquer que Sauvai dans sa description de l’église des Grands-Augustins (Histoire et Antiquités de Paris, t. I er ,p. 447) ne dit pas un mot de la chaire attribuée à Germain Pilon.

4. Sur Germain Pilon, sculpteur du roi, par le baron J. Pichon dans les Mélanges de littérature et d'histoirerecueillis et publiés par la Société des bibliophiles françois, i re partie, 1856, p. 169-190.