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LA RENAISSANCE EN FRANCE.
l'abside de Saint-Sauveur. Quant aux candélabres engagés dans les pilastres quise dressent aux flancs des cintres faisant office d’arcs de décharge au-dessus desgrands linteaux de l'aile droite, ils ne diffèrent en rien de ceux de Saint-Pierre.Partout, du reste, sur les trois façades du château, c'est la même élégance deforme, la même finesse d'exécution, bien que la matière employée soit rebelleen apparence à une ornementation quelque peu délicate. Sous la main de l’archi-tecte le sombre et dur granit que l'on trouve dans la contrée entre heureuse-ment en lutte avec le clair et tendre calcaire des environs de Caen.
Comment Sohier a-t-il été appelé aussi loin du théâtre de ses premiers tra-vaux? A quelles inspirations obéissaient les Montgommery qui étaient alorsseigneurs de Chanteloup, lorsque, pour la transformation de leur château 1 , ilschoisissaient le créateur de Lasson ? Si nous ne nous trompons, c'est dans la pos-session de Fontaine-Henri par les d'Harcourt à cette époque que se trouvel'explication cherchée. Grâce aux alliances qu'ils comptaient des deux côtés 2 , cesderniers ont pu mettre en relation les propriétaires de châteaux situés à une aussigrande distance l'un de l'autre, et, partant, faire que l’architecte qui venait de serévéler si brillamment ait été convié à donner ailleurs une nouvelle preuve de sontalent. Nous n’insisterons pas, du reste, sur ce point qui est à l'état de simpleconjecture. Il est bien plus important de constater la rapidité avec laquelle HectorSohier a porté à la perfection sa manière. A Chanteloup, toute hésitation a dis-paru et le maître est désormais en pleine possession de lui-même. Tel que nous levoyons à cette heure, il demeurera jusqu’à la fin de sa carrière. Quant à l'étenduedes progrès accomplis, elle pourrait peut-être faire soupçonner qu'entre la con-struction de Lasson et celle du château étudié en dernier lieu, s'en est placée uneautre. Mais nous n’avons aucun moyen de prononcer un nom et l'œuvre d'HectorSohier se compose jusqu’à nouvel ordre de quatre monuments seulement 3 . Il est vraique cela suffit grandement à sa réputation, que Lasson, Chanteloup, Saint-Pierreet Saint-Sauveur de Caen lui donnent une place hors ligne parmi les architectesqui ont le plus honoré la France, durant la première moitié du xvi e siècle.
1. Chanteloup ne passa aux Montgommery que dans la seconde moitié du xv e siècle. C’était alors un vieux châteauféodal, précédé d’une cour assez vaste qu’entouraienc des murailles crénelées baignant leur pied dans l’eau de larges et pro-fonds fossés. Lors des transformations dont nous parlons, toute l’enceinte extérieure fut respectée et l’on se contenta derefaire les façades sur la cour.
2. Non seulement la famille d’Harcourt était alliée à celle de Montgommery, mais elle posséda le château de cenom, situé aux environs d’Orbec, au sud de Lisieux, depuis la fin du xnr siècle jusqu’en 1488. Quant à Jacques II Thé-zart, seigneur de Lasson, il épousa en secondes noces Françoise d’Harcourt, fille de Jean d’Harcourt, seigneur de Fon-taine-Henri. Cf. La Roque. Généalogie de la maison de Harcourt, passim ; Père Anselme, t. II, p. 36.
3. Nous pourrions ajouter à cette liste une maison en pans de bois, à l’entrée de la rue Saint-Jean, du côté de laplace Saint-Pierre, si elle n’était réduite à l’état de débris presque insignifiant.