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LA RENAISSANCE EN FRANCE.
chercher l’esprit qui les a conçus ? Nous ne saurions le dire en aucune façon.Toutefois, la seconde opinion semble la plus probable et nombreux à cette époqueétaient les hommes de talent qui., leur temps d'études achevé, revenaient pourn’en plus sortir dans la ville où ils avaient reçu le jour. Sans laisser d’être au cou-rant des changements opérés autour d’eux, ils se créaient alors un style à part,produisant, quand l’occasion s’en présentait, des combinaisons longuement médi-tées dans le silence.
C’est ainsi, par exemple, qu’à la Sainte-Trinité de Falaise nous trouvons unporche dont l’originalité puissante mérite de fixer quelque peu l’attention. Sescontreforts surtout ne ressemblent à rien de ce que l’on voit ailleurs. Ils ne sontpas formés, comme d’habitude, d’un massif plus ou moins orné, mais bien d’unfaisceau de colonnettes alternativement disposées sur deux plans differents. Cellesqui se projettent le plus en avant, suivant la méthode du moyen âge, s’élancenttout d’une venue de la base au sommet, tandis que les autres, placées, pour ainsidire, comme des statues dans un enfoncement, sont divisées en ordres superposés 1 .L’architecte, dirait-on, a cherché par tous les moyens en son pouvoir à justifierune innovation qui, dans un pays aussi imbu des traditions gothiques, devaitparaître bien hardie. C’est pourquoi, sans doute, il est également sorti de la règleordinaire en enrichissant ses fûts des ornements les plus divers. Nous sommes làen présence d’une véritable œuvre d’art dont le rôle est different de celui impli-qué par l’apparence.
Enfin les colonnettes extérieures, quand elles ne supportent pas des gargouilles,sont rattachées à la tourelle émergeant de leur centre par des consoles renver-sées de la plus élégante composition. On croit voir autant de corps d’oiseaux, lesailes relevées en arrière et la tête avancée jusqu’au bord du chapiteau qui leursert d’appui. Certes, si un contresens en architecture pouvait jamais être excusé 2 ,ce serait bien dans la circonstance, et, pour notre part, nous ne nous sentons pasle courage de blâmer un genre d’ornements se reliant fort bien aux cistesenguirlandées qui font office de pinacles au sommet des contreforts. Au con-traire, tout nous semble répréhensible dans ces gâbles sans profondeur plantésde chaque côté sur les balustrades où ils ont trop l’air d’un objet découpé,maigre et peu solide. Quant à la date de toute cette construction, elle est assez
1. Le Magasin pittoresque a publié en 1878 (p. 285) un dessin inexact du porche de Falaise. Les colonnettesappartenant au premier genre indiqué ne sont pas reproduites et l’on ne voit que celles inspirées par les idéesnouvelles.
2. Le rôle d’une console esc de porter quelque chose et non pas de se mettre la tête en bas pour se faire soutenirpar tout un système de colonnes soit libres, soit engagées.