LA RENAISSANCE EN FRANCE.
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magnifique. Ses vœux, du reste, furent accomplis d’une manière en quelquesorte scrupuleuse et, s’il y a une excuse à : l’emploi assez singulier de fondsdestinés à tout autre usage, c’est dans la grandeur du résultat obtenu. Le« Versailles de la Bretagne », comme on se plaît à le nommer, en ayant bienplus égard à l’espace couvert 1 qu’à l’arrangement des différentes parties, estune œuvre extraordinaire, tout à la fois château et forteresse, où deux âgessont juxtaposés sans être confondus.
Que Louis Le Barbier voulut n’avoir rien à craindre d’un coup de main,cela se comprend jusqu’à un certain point en un temps de guerre civile ;mais, pour atteindre ce but, était-il bien utile d’élever un rempart de sixmètres d’épaisseur, précédé d’un fossé profond et couronné de mâchicoulis.L’enceinte, de forme rectangulaire, n’a pas moins de deux cent cinquantemètres de long sur cent cinquante de large 2 et l’on lie pénètre à l’intérieurque par deux portes à pont-levis se faisant face au nord et au sud 3 . Enfincomme si le seigneur de Kerjean avait à sa disposition un nombre considérabled’hommes d’armes, d’immenses casemates ont été çà et là aménagées avecsoin. C’est un type accompli de défense non restreinte et un despote d’Orientne pourrait rien désirer de mieux pour son habitation.
L’enceinte franchie, on se trouve en présence du château proprement ditdont le plan est celui généralement adopté au xvi e siècle. Du côté de l’entréepoint de corps de bâtiment, mais un simple mur auquel est adossée inté-rieurement une galerie ouverte surmontée d’une terrasse. Il existe ainsi unecommunication facile, au premier étage, entre les deux pavillons d’angle quicontiennent l’un la chapelle et l’autre la salle des archives 4 . Puis viennent àla suite deux longues ailes, à droite et à gauche, destinées aux gens de service.Leur élévation est moindre que celle du bâtiment principal, placé au fond dela cour et malheureusement aujourd’hui détruit en partie. C’est le résultat,dit-on, d’un incendie qui précéda de bien peu la grande Révolution 5 .
1. Un hectare soixante ares.
2. Les deux tiers de l’immense espace ainsi protégé étaient consacrés à un jardin dans le goût du temps.
3. C’est près de la porte sud que se trouvent les armoiries de Louis Le Barbier (d’argent à deux fasces de sable)écartelées de celles de Jeanne de Gouzillon, sa femme (d’or à la fasce d’azur accompagnée de trois pigeons du même, bec-qués et membrés de gueules). Il n’y a donc pas d'hésitation à avoir sur la date à assigner au château et nous ne comprenonspas comment les annotateurs d’Ogée ( Dictionnaire, t. II, p. 882) ont voulu en retarder la construction jusqu’au règne deHenri IV.
4. Hamon Le Barbier, pour qui tout était bon à prendre, avait fait, dit-on, transporter à Kerjean jusqu’aux ancienneschartes de son abbaye de Saint-Mathieu. « Memoratur Hamo, ad majorent forsitan cautelam, veteres quæ supererant inarmario Sancti Mathæi cartulas in castellum gentis suæ dictum Kerian (lisez Kerjean) transferens. Ea vero translatio indamnum cessit, namque ablatam sibi rem monachi nunquam recuperare valuerunt. (Gallia Christiana.)
5. A cette date le château appartenait à la famille de Coatsanscours, héritière des Le Barbier.