LE MAINE.
MJ
mode du jour et ne craignit pas, dans ce but, d’altérer une œuvre achevée depuissi peu de temps.
A vrai dire, le premier château où se manifesta clairement la nouvelle ten-dance n’est pas antérieur à la seconde moitié du règne de Louis XII. Il se voitaux environs de Château-Gontier et porte le nom de Saint-Ouen. Ses dimen-sions sont peu considérables, et on n'y ferait certainement pas attention, si enavant du seul corps de logis dont il se compose, ne s’élevait une admirable tourquadrangulaire destinée à contenir l’escalier h Naturellement, dans les divisions,il ne peut y avoir régularité parfaite et, sauf au dernier étage, les ouvertures,au lieu d’occuper le champ entre deux bandeaux sculptés, se trouvent à chevalsur celui qui devrait inférieurement leur servir de base. Le moment n’était pasvenu où, sans égards aux lois de l’architecture, qui ne permet pas de boucher àmoitié les baies pour livrer passage aux rampes, on ne tiendrait aucun comptede l’usage auquel est appelée chaque partie d’un édifice. Ici tout est disposé envue de l’escalier qui, après avoir desservi non seulement le premier étage, maismême les combles, se jette sur le côté dans une tourelle en encorbellement,pour laisser place à une vaste pièce en belvédère 2 , surmontée elle-même d’uneterrasse dont les balustrades ont un faux air de défense et rappellent de loin nosvieux donjons crénelés 3 .
Les angles de la tour sont particulièrement ornés. Ils présentent quatreétages de doubles colonnes qui ne rappellent en rien les ordres classiques. C’estle caprice poussé à son extrême limite, et le moyen âge n’a pas apporté plus devariété dans la décoration des fûts, qui tantôt se dérobent sous un réseau à maillescarrées ou octogones, et tantôt sont striés en spirale ou simplement cannelésavec enlacement de liens continus. Quant aux frises, elles multiplient les mono-grammes, les disques en ardoise, les fers à cheval et les crousilles. Mais la par-tie la plus intéressante est assurément la balustrade, qui, dans des couronnes defeuillages séparées par des potelets à double renflement, étale des roues à sixjantes. C’était rappeler d’une façon très sensible que le propriétaire, Guy LeClerc, possédait parmi ses titres ecclésiastiques celui d’abbé de la Roë 4 .
A l’intérieur, les marches de l’escalier tournent autour d’un noyau plein.
1. Nous avons cru reconnaître que, primitivement, la tour ne devait pas avoir des proportions aussi considé-rables. A l’intérieur, elle se raccorde mal avec le reste de l’édifice et n’a pu être conçue en même temps.
2. L’existence de cette pièce est accusée à l’extérieur par la place de la fenêtre, qui eût du s’ouvrir beaucoup plusbas dans le cas où l’escalier se fût prolongé jusqu’à la terrasse.
3. Très probablement, la terrasse était jadis découverte, car, sans cela, on ne s’expliquerait guère les gargouillesplacées aux angles de la tour.
4. L’abbaye de la Roë est située à la limite ouest du Maine, entre Craon ec la Guerche.
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