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Tome III.
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LE POITOU.

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à olives, perles et piécettes. L’esprit classique, en aucun endroit, ne s’était, aumilieu du règne de François I er , accentué aussi fortement; il domine jusque dansles grandes lignes, qui présentent une certaine roideur. Enfin, l’on ne peut jeterles yeux sur la statue d’Artus Gouffier sans songer à celle d’Anne de Bretagne \Tout en tenant compte des nécessités du genre adopté pour chaque monument,l’artiste a su établir entre ses gisants un lien de parenté, grâce à certains détailstrès caractéristiques. C’est ainsi que le guerrier en armure et la femme étenduesur un linceul, comme pour montrer l’anéantissement de toutes choses, étalentdans un désordre apparent la même chevelure épaisse et longue.

Nous sommes donc parfaitement renseigné sur l’origine des deux princi-paux tombeaux d’Oiron, qui ont été exécutés à Tours dans le fameux atelier dela rue Ragueneau 1 2 . Jean Juste le père, devenu libre par l’achèvement du grandmausolée destiné à Saint-Denis, put facilement, vers 1332, répondre aux désirsd’Hélène de Hangest. Les travaux auraient alors duré sept années, car, sur uncartouche, se lit la date de 15 39 3 . Quel que soit, du reste, le temps consacré àune œuvre aussi compliquée, il n’en est pas moins facile de reconnaître plusieursmains différentes. Les deux grandes statues semblent seules se recommanderdirectement du maître, qui sans aucun doute n’aura pas négligé l’occasion de fairevaloir le talent de son fils. C’est ce qui explique, dans la décoration des pilastres,certain alourdissement regardé à tort comme l’effet d’un âge avancé 4 . Jean Justele jeune, né à Tours vers 1510, n’avait pour sa part jamais mis les pieds en Italie,et rien de plus naturel que son interprétation manque de cette fidélité aux tradi-tions d’outre-monts si manifeste dans toutes les parties du tombeau de Louis XII.

La forme générale adoptée à Oiron est identiquement la même que celledont nous avons parlé à propos des trois chefs-d’œuvre de Martin Cloistre.Quiconque, du reste, ne voulait pas donner un trop grand développement à unmonument isolé, eût eu quelque peine, il faut l’avouer, à s’engager dans uneautre voie. Jean Juste sacrifie donc sans trop de mérite au vieux goût français, etl’on peut admirer seulement la manière dont chaque détail est traité. Mais d’abordil n’y a pas, comme à Thouars, mélange de marbres de différentes couleurs; le pluspur Carrare est uniquement employé, et nous sommes presque tenté de croire que,

1. Voir t. II, p. 95.

2. La difficulté de rapprocher certaines pièces avait bien fait deviner à M. Segretain, lorsqu’il fut chargé, en 1838,de réparer les désastres de la Révolution, que ces tombeaux sortaient d’un atelier étranger au pays. ( Mémoires de la Sociétédes antiquaires de l’Ouest , t. VI, p. 24.5.) Mais naturellement il 11e cherche pas a pousser plus loin ses observations, ce quieût été peut-être difficile, vu l’état des connaissances artistiques à cette époque.

3. A l’angle gauche du pied du tombeau d’Artus.

4. A. de Montaiglon, la Famille des Juste en France } in Gajette des Beaux-Arts } 2 e période, t. XIII, p. 564.