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LA RENAISSANCE EN FRANCE.
Si la Saintonge et l’Aunis, comme cela a lieu d’ordinaire, subitementébranlés par une apparition inattendue, se fussent lancés dans le champ de Limi-tation, un genre tout particulier, vu la tendance à promptement s’écarter dumodèle, n’eût pas tardé à être créé. Mais la plus grande indifférence semble avoirété pratiquée en toute circonstance et c’est ce qui explique le nombre des appelsfaits au dehors. Les choses se sont alors passées à peu près comme durant lalongue période gothique. Loin d’être accueilli avec enthousiasme, voire mêmesimplement accepté, le nouveau style est à peine subi. On dirait que dans lesentiment général, après la magnifique éclosion du xn e siècle, il ne restait plus rienà faire. Les temps heureux d’Éléonore d’Aquitaine n’étaient pas de ceux qui,une fois disparus, pouvaient renaître en un pays'.
Assurément il y aurait injustice à méconnaître l’influence exercée sur cetétat de choses par les troubles presque continuels dont le milieu du xvf siècles’est trouvé souffrir. Aux révoltes suscitées par l’exagération des droits sur lessels succédèrent les guerres religieuses, et le sang, à plusieurs reprises, coula abon-damment de différents côtés 2 . Les conditions étaient donc mauvaises pour prendrepart au mouvement artistique et bien des abstentions ne doivent pas avoir d’autrescauses. Néanmoins, dans l’usage que l’on fait de cet élément d’appréciation, laplus grande réserve est commandée, car la ville qui précisément fut la plusmaltraitée, nous voulons dire la Rochelle 3 , n’a cessé de se montrer la mieuxdisposée à entrer dans la nouvelle voie. Dès le commencement du xvf siècle,une première tentative est faite, si nous en jugeons par quelques débris aujour-d’hui conservés au musée 4 . Puis, après une assez longue interruption qui tientpeut-être à la disparition subite du seul maître alors initié, tout à coup, sousHenri II, la chaîne est renouée par la construction d’une maison 5 , bientôt suiviede plusieurs autres, en sorte que la physionomie de la ville ne tarda pas à êtrequelque peu transformée. Quant au mérite de toutes ces créations, il est trèssecondaire et l’on comprend facilement que Hugues Pontard, seigneur de Champ-deniers , lorsqu’il voulut faire rebâtir, vers 1555, son bel hôtel de la rue desAugustins, ne se soit pas contenté des artistes du pays. Quoi qu’il en soit, du reste,nous sommes bien obligé de reconnaître que, même dans les limites indiquées,
1. De 1137 à 1203. Tous les beaux monuments de la Saintonge en particulier datent de cette époque.
2. Les propriétaires de marais salants se révoltèrent une première fois sous François I er et une seconde sousCharles IX. Quant aux réformés, qui avaient fait leur apparition dès l’année 1534, ils n’obtinrent le plein exercice deleur culte qu’en 1573.
3. Cette ville fut assiégée deuxfois, en 1543 et en 1572.
4. Us consistent en un chapiteau et une corniche, tous les deux décorés de têtes saillantes.
5. A l’angle des rues du Temple et de la Grosse-Horloge.