XXXII
INTRODUCTION.
l’histoire et sur la destinée des empereurs et des héros. Voici comment s’exprime Kæmpfer àce sujet : « Les chroniques de l’histoire et des héros sont farcies de récits fabuleux sur cetcc animal. Il se tient, à ce qu’on croit, au fond de la mer, qui est son élément naturel. Dans lescc livres, on le représente sous l’apparence d’un long et énorme serpent à quatre pieds, entiè-re rement cuirassé d’écailles comme un crocodile, avec des aiguillons effilés le long du dos; mais(c la tête est, par-dessus tout, monstrueuse et terrible. Certains vêtements de l’empereur, sesce armes, ses cimeterres, ses poignards, etc., de même que les meubles et les tapisseries de sonce palais, sont décorés de figures de ce dragon, tenant un joyau en boule ou. une grosse perleee dans la patte droite. » Il est vraiment dommage que ce voyageur ait négligé de citer quel-ques-unes des légendes dont il parle ; pour suppléer à cette lacune, nous lui en emprunteronsune qui est relative au lac d’Oïtz : « Un dsia (dragon), dit-il, animal révéré au plus hautcc degré chez les nations païennes de l’Asie, et particulièrement par les Chinois et les Japo-cc nais, qui le montrent dans leurs dessins avec des mains, des jambes et deux cornes, vivaitcc sur les bords du lac d’Oïtz. Dans le même temps, il y avait un immense scolopendre oucc mille-pieds, aussi grand que deux hommes ensemble et gros à proportion, au sommet d’unecc montagne ou plutôt sur la croupe d’une colline située près de la route, à deux milles decc l’antre du dragon; et cette colline a même gardé dans son nom (Makkado J anima, montcc aux mille pieds) le souvenir de la monstrueuse bête. Ce scolopendre, qui dévastait le payscc d’alentour, descendit une nuit de ses hauteurs jusqu’à la demeure du dragon et y détruisitcc ou dévora les œufs de sa couvée. Ce méfait amena un combat acharné entre les deuxcc animaux, combat dans lequel le dragon remporta une victoire complète et tua soncc adversaire. En mémoire de cet événement, on érigea dans cette partie de la localité, appeléecc Tawarrat-tadou, un temple qui subsiste encore et qu’on nous a montré à l’appui de cettecc légende. »
Quoique l’eau paraisse être l’élément naturel du dragon japonais, il n’y reste pas absolu-ment confiné, puisqu’on le représente, de même qu’en Chine, tantôt dans les nuages, tantôtparmi les flammes. A notre avis, si l’on possédait à fond le mythe ou la légende du monstre,on s’apercevrait que la superstition populaire s’est attachée à deux espèces de dragons, habi-tant l’une les profondeurs de l’Océan, l’autre les régions de l’air. Avouons cependant que nousn’avons rencontré dans l’art japonais rien qui ressemble à un dragon ailé, et qu’en Chine, oùle dragon est clairement figuré comme un habitant de l’air, le manque d’ailes a été aussiremarqué.
On trouvera dans l’illustration de cet ouvrage deux modèles de dragons : le premier (pl. I,fig. i), d’après un rouleau, le présente au milieu des nuages; le second (pl. XL), en reliefsur un vase de Kioto, le montre sortant de la mer. Tous deux se ressemblent dans leurs traitsessentiels, et ils ont les mêmes aigrettes de flammes.
Le dragon, familier au pinceau des artistes anciens, décore plus fréquemment leurs œuvresque celles des modernes. Sur les émaux cloisonnés, il figure souvent; ainsi, la collectionBowes, qui en possède deux cent quarante, n’en compte pas moins de quarante ornés dedragons. En étudiant ces intéressantes pièces, on voit que la façon de rendre l’animal n’est pas