l3o DISCOURS SUR UES PROPRIÉTÉS
Quoique l’expérience et le bon sens aient faitreconnaître l’absurdité de ces pratiques ridi-cules, elles ne sont cependant pas entièrementabandonnées, surtout par une grande partie dupeuple, naturellement porté au merveilleux , ettoujours disposé à se laisser persuader par qui-conque est assez adroit pour s’emparer de sa cré-dulité. Il existe encore une foule de recettes etde secrets, admis avec confiance, toutes les foisqu’ils sont annoncés avec une assurance persua-sive. Malheureusement, tous les charlatans ne sontpas sur les tréteaux; il en est en fourrures commeen galons, et le bonnet doctoral n’a pas toujourschassé l’ignorance (i).
Enfin l’art de guérir, échappé chez plusieurspeuples des mains des prêtres, devint une pro-fession particulière, exercée par une classe d’hom-mes cpii se dévouèrent à la guérison des mala-des. Ce ne fut d’abord que des charlatans qui enremplacèrent d’autres, des hommes fins et adroits
(i) Dans combien de provinces ne voit-on pas encore un grand nom-bre d’habitants avoir recours, dans leurs maladies, à des pratiques su-perstitieuses, telles qu’à de petites galettes, à des linges, à des vête-ments qu’on a fait toucher à certaines reliques; avoir recours à unsaint plutôt qu’à un autre, dans la persuasion qu’ils prenaient chacunune maladie sous leur protection ; tel guérit de la fièvre,, tel autre de lacolique , saint Martin de l’épilepsie, saint Koch de la peste, saint Hubertde la rage, etc. On conduit à son abbaye les personnes attaquées de cettemaladie. J’ai vu à Saint-Quentin , dans mon enfance, des chiens menésen pèlerinage vers ce saint, pour recevoir au front l’empreinte d’un ferrouge, afin de les garantir de la rage. Cette persuasion (àisait négligertoute autre précaution.