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de travail. Leur emploi était précédemmentrempli par un ecclésiastique séculier, qui s’étaitenfui avec le saint-sacrement lorsqu’une ava-lanche avait un jour couvert une partie du vil-lage ; il avait été déposé, et, comme on leursupposait plus de résignation, on les avait misà sa place. »
Les choses en sont à peu près au même pointque du temps de Gœthe . L’hiver dure huit moisà Réalp, et les avalanches produisent les mêmes
ravages qu’alors. Un capucin cumule les fonctionsde curé et d’aubergiste. Comme curé, il n'a pasde concurrent et il ne souffre pas que son trou-peau s’écarte du droit chemin; comme auber-giste , il voit avec douleur que maint touristes’égare dans la direction du moderne hôtel desAlpes , qui lui paraît être une anomalie pourRéalp. R y a cependant encore des touristesconservateurs qui restent fidèles à la maisonbrunie et à la robe^ brune.
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Le chemin de Réalp à la Furca devient deplus en plus solitaire: pas un arbre pour sereposer à son ombre, pas une seule trace d’ha-bitation humaine. Arrivé à la Fuchsegg, onjette encore un regard en arrière sur la valléed’Urseren , et l’on se prend à la regretter quandon la compare au désert dans lequel on est en-gagé sans être encore entouré de la sublimemagnificence des hautes montagnes. Les bota-nistes (pii trouvent ici une riche flore, ne vou-dront pas sans doute convenir que cette contréesoit déserte. De deux glaciers lointains s’écou-lent le Tiefenbach et le Siedelbach qui formentou grossissent la Reuss ; des montagnes de for-mes bizarres attirent le regard par moments.Nous avançons rapidement vers la Furca dontle sommet ne peut être très-éloigné, car voicisur le chemin une neige ramollie, neige griseet sale qui ne ressemble en rien aux éblouis-santes plaines qu’on aperçoit d’en bas. Parfois°n trouve ici de la neige rouge, phénomèneflue la tradition explique autrement que les na-turalistes. Un voyageur connu du temps passé,J.-R. Wyss, de Rerne, rapporte qu’on ren-contre de temps en temps sur la neige de laFurca des taches rouges qui pénètrent à l'inté-tteur, comme si l’on y avait versé du vin rouge.
Les gens du pays prétendaient autrefois quec’étaient les âmes de conducteurs ivrognes quiaidaient été chargés de transporter du vin d’Ita lie à dos de cheval, et qui allégeaient en che-min la charge de leurs bêtes par négligence ouinfidélité. Ces âmes devaient maintenant expierleurs fautes au milieu de ces neiges soütaireset soupirer vainement après quelques gouttesde la précieuse liqueur pour apaiser leur soif.Si quelqu’un, touché de compassion, leur faisaitl’aumône de quelques gouttes de cette boisson,elles venaient à son aide dans les endroits pé-rilleux du sentier de montagne.
Un conducteur de chevaux de somme joueaussi le rôle principal dans une légende dontune montagne voisine, le Grimsel , est le théâtre.
Un Piémontais, conduisant une longue file desommiers, traversait le Grimsel pour descendredans la vallée du llasli. Chaque cheval portaitdeux barils de vin rouge d'Italie . Il avait déjàfait de copieuses libations depuis le matin, etil suivait en ce moment un étroit et dangereuxsentier du Zuben, entre Guttanen et Meyringen ,lorsqu’il rencontra le nain Selbthan. Ivre commeil l’était, le grossier Piémontais ne voulut pasprendre la peine d’aller jusqu’au cheval qiü te-nait la file et de le tirer un peu de côté ; il
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