xxv i introduction.
les piliers n’avaient pas les dimensions suffisantes pour supporter lepoids de la coupole. Quoique dépourvues de fondemens solides, ces as-sertions , dictées à leur auteur par ce zèle qui le distingua dans l’exercicede sa profession, contribuèrent puissamment aux progrès de l’art debâtir. On détruisit victorieusement les bases sur lesquelles ses raisonne-mens étaient appuyés, et par des expériences entièrement neuves, etdont le résultat ne pouvait laisser aucune incertitude 1 , il fut démontréque la résistance des piliers, bien loin d’être inférieure au fardeau qu’ilsavaient à soutenir, était au contraire de beaucoup supérieure à son ef-fort. Cette circonstance mémorable fait assez connaître l’état de l’archi-tecture , à une époque très-rapprochée de nous.
Ces savantes discussions venaient de répandre le plus grand joursur les vrais principes de la construction; et c’est à dater de ce moment,que l’on fut à même de pouvoir concilier les données de l’art avec cellesde la théorie. Dès-lors, on en vint généralement à reconnaître que lebut essentiel était, avant tout, de construire des édifices solides, en yemployant une juste quantité de matériaux choisis et mis en œuvreavec art et économie.
En effet, c’est le mérite de la construction, qui constitue à tous lesyeux le premier degré de beauté d’un édifice; et la perfection qu’il tientde l’art de bâtir, excite surtout notre admiration, par cela seul quelledevient le garant d’une plus longue durée.
L’art de bâtir consiste dans une heureuse application des sciencesexactes aux propriétés de la matière. La construction devient un art,lorsque les connaissances de la théorie unies à celles de la pratique pré-sident également à toutes ses opérations.
velle église de Sainte-Geneviève, par M. Patte, architecte du duc de Deux-Ponts,Paris , I 770.
1 M. Gauthey, inspecteur général des ponts et chaussées, dans un mémoire pu-blié en 1 771 , réfuta celui de M. Patte , et conclut par dire que, non-seulement lespiliers étaient sufïisans pour supporter la coupole projetée, mais qu’il était possiblede s en passer et de ne conserver que les douze colonnes qui y sont engagées. (Voyezla note à la fin du cinquième livre.) C’est à ce sujet qu’il imagina cette machine pouréprouver la force des pierres, dont MM. Soufflot et Peyronnet firent usage pour lesgrands travaux qui leur étaient confiés, et que nous avons modifiée dans la suite.