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TRAITÉ DE L’ART DE BATIR,pièces courbées, on pourrait, par ce moyen, remplacer avec avantagel’effet des arbalétriers, pour composer des fermes d’une grandeétendue h
Quelques expériences suffirent pour s’assurer de l’excellence de ceprocédé, et il en résulta des combinaisons nouvelles pour la charpentedes ponts et des combles des grands édifices. Dans ce dernier cas, lesfermes n’ayant à supporter que le poids d’une charge immobile, on n’a-vait pas à redouter l’effet du ressort de ces cintres sous l’effort d’unfardeau passager, et les moyens ordinaires pouvaient suffire pour maî-triser l’action qui en fait la force. Mais, dans les arches de pont, il parais-sait difficile de pouvoir résister au mouvement que devait imprimer àl’ensemble l’élasticité de ces courbes, mise en jeu par une charge mobile.Au reste, ce mouvement dut être presque insensible dans le deuxièmepont de Wettingen , eu égard à la surabondance des moyens que l’au-teur avait mis en œuvre; aussi voit-on que cet effet y est à peine prévu.
Dans l’exemple que nous plaçons ici, qui présente toute la solidité
1 C’est peut-être ici l’occasion de rappeler que Claude Perrault , célèbre à tant detitres dans les sciences et dans les arts, a donné le projet d’un pont de bois d’une seulearche, de 30 toises d’ouverture, qu’il proposait de construire au devant de Sèvres .Tous les raisonnemens sur lesquels on peut s’appuyer pour motiver l’établissement d’unpareil ouvrage, se trouvent déduits avec une simplicité remarquable, dans le Mémoiredont il accompagna le modèle qui fut présenté à M. de Colbert*. Les passages suivanssuffiront pour faire connaître la haute intelligence que ce savant avait en ces matières.
« Le trait de l’arche , dit-il, est une portion de cercle qui est la plus ferme et la plus» solide des Figures, les assemblages sont posés en coupe au centre comme des pierres de» taille; ainsi, elles ont la même force que les pierres, sans avoir la même pesanteur.
» Tous les bois qui font l’arc sont mis fil contre fil, parce que le bois ne s’accourcit» point ou très-peu, dans ce sens-là, et qu’il est plus fort que dans l’autre sens : on» mettra une table de plomb entre deux pour empêcher les bois de s’échauffer et d’être» mouillés par la jointure, et aussi pour les lier, parce que les fibres du bois entreront• de part et d’autre dans cette table de plomb.
» Les avantages de ce pont sont qu’il n’incommodera point la navigation, qu’il ne s’y» fera aucun naufrage, qu’il ne sera point endommagé par les glaces et par les grandesa eaux, et qu’on pourra le rétablir sans que le passage en soit empêché. Il sera moins» sujet à se pourir, l’eau ne s’arrêtant pas dessus, à cause de la pente qu’il a des deux» côtés, laquelle ne se trouve pas dans les ponts de bois ordinaires. »
Au reste, bien que susceptible d’importantes modifications , surtout pour le rendrepropre au passage des voitures, selon l’intention de l’auteur ; ce pont, tel qu’il estconçu, nous paraît parfaitement exécutable.
* Voyez l'ouvrage intitulé : Recueil de plusieurs Machines de nouvelle invention, ouvrage posthume deM. Perrault, de 1 académie royale des sciences, publié par son frère. Paris , 1700. Imprimerie de J.-B. Coignard.Un volume in-4°., avec figures.