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Tome premier.
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la religion. En général, les peuples anciens ont re-gardé les poètes comme revêtus d’un caractère reli-gieux , & comme inspirés par la divinité. L’ordre desBardes étoit extrêmement estimé. Ils étoient regardéscomme les trompettes de la gloire de la nation. Onne croyoit pas que leur qualité de poètes fît le moin-dre tort à leur bon sens & à leurs lumières. On lesconsultoit pendant la guerre ; & leurs avis avoient tantde poids , que l’armée , étant fur le point d’en veniraux mains, s’arrêtoit lorsque les Bardes ne jugeoientpas à propos de livrer bataille. Quoiqu’ils ne combat-tissent point eux-mêmes , ils étoient cependant présentsà tous les combats , & Rengagement dans le plus épaisde la mêlée, pour y être témoins oculaires de la va-leur de leurs compatriotes, fans s’embarrasser du dan-ger auquel ils s’exposoient. Lorsqu’ils s’appercevoientque les ennemis commençoient à prendre le dessus, ilspoussoient de grands cris pour ranimer le courage desGaulois. Ils étoient aussi les premiers à crier Vifloin ,lorsqu’ils voyoient que l’ennemi chanceloit. Ainsi,les descriptions de batailles, dont ils ornoient leurspoèmes, n’étoient pas faites d’après leur imagination ,comme celles de nos poètes , qui fe ressemblent toutes.11s chantoient ce qu’ils avoient vu , & peignoitnt avecdes couleurs vraies les dangers qu’ils avoient partagés,& dont ils avoient encore le sentiment présent : aussifaisoit-on beaucoup plus de cas de leurs panégyriques,qu’on n en fait ordinairement de ceux de nos poètesmodernes, qui font à peine lus des héros qui en fontl’objet. Les héros Gaulois faifoient la cour aux Bardes,comme aux arbitres de leur réputation. On ne voirguere de héros François courtiser un poète ; ils atten-dent qu’on vienne les supplier humblement de per-mettre qu’on les loue. Les Bardes, dans la fuite destemps, dégénérèrent de leur premiere droiture. Ils selaissèrent corrompre par les honneurs qu’on leur ren-doit : ils devinrent parasites , prostituèrent leurs élogesà ceux qui leur donnoient de bons repas, & réglèrentJ’honneur & la réputation des gens, selon la maniéré