Band 
Tome troisieme.
Seite
418
JPEG-Download
 

Hi8 «^[R U T

parlant ainsi, elle les embrassa. Orpha & Ruth,fon-dant en larmes , lui répondirent, « Nous irons avecvous dans votre pays. — Non, reprit Noémi ; retour-nez vous-en : pourquoi viendriez-vous avec moi ? Jen’ai point de fils dans mon sein qui puissent devenirvos époux. Laissez-moi, mes filles : vous voyez que lavieillesse m’a rendue stérile ; & quand même je pour-rois, cette nuit même, concevoir & mettre au mondedes fils, si vous vouliez attendre qu’ils eussent atteint l’àgede puberté, vous seriez vieilles avant de pouvoir lesépouser. Allez donc vous-en : votre présence aigrit mesdouleuts. „ A ce discours , Orpha & Ruth recommen-cèrent à pleurer. Orpha embrassa Noémi, partit ;mais Ruth ne voulut point abandonner fa belle-mere.« Pourquoi, lui dit Noémi , ne suivez-vous pas l’exem-ple d’Orpha ì — Ne vous obstirez pas à vouloir queje vous quitte, repartit Ruth ; je vous suivrai par-toutoù vous irez. Dans quelque lieu que vous vous arrê-tiez , j’y demeurerai avec vous ; je n’aurai point d’autrepeuple que le vôtre , & votre Dieu fera le mien ; jemourrai dans le pays où vous terminerez vos jours ;& la terre qui recevra votre corps, fera le lieu de masépulture. Que Dieu me punisse , si rien autre choseque la mort peut me séparer de vous ! » Noémi, voyantque Ruth étoit obstinément résolue à la suivre, cessade combattre son dessein. Elles arrivèrent ensemble àBethléem. Le bruit du retour de Noémi se répanditbientôt dans la ville; & les femmes difoient :« VoilàNoémi. „ Mais cette veuve défo ée leur répondoit:« Ne m’appellez plus Noémi,(c’est-à-dire belle); nom-mez-moi plutôt Mara , (c’est-à-dire amere) ; car le Sei-gneur a rempli mon cœur d’amertume : je fuis partieavec mon époux & mes enfants ; je reviens feule &abandonnée ; pourquoi m’appellez-vous donc Noémi,moi que le Seigneur a humiliée ? »

Noémi & Ruth étoient arrivées dans le temps quel’on commençoit à moissonner forge. Ruth dit à fabelle-mere : « Si vous me l’ordonnez , j’irai dans leschamps recueillir les épis qui auront échappé à la maindes moissonneurs par-tout où j’aurai trouvé grâce de-vant les yeux du maître du champ,— Allez, ma fille,