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Le Prêtre. Saturne, puisque le temps de votre régnéest arrivé , puisque c’est en votre honneur que mamain immole aujourd’hui les victimes , dites-moi ;quelle grâce voulez-vous m’accorder pour prix demes sacrifices ?
Saturne. C’est à toi de voir ce que tu désirés. Penses-tu qu’avec la royauté j’aie reçu le don de deviner ìJe te promets seulement d’exaucer les vœux que tum’adreíseras, pourvu que la chose soit en mon pouvoir.
Le Prêtre. Ce que j’ai à demander est tout exa-miné. Accordez-moi, ô généreux Saturne ! ces biensíì connus & si généralement enviés, l’or, l’argent, lesdignités, les honneurs ; & ne permettez pas que jetermine mes jours, fans avoir goûté cette félicité quetout le monde désiré.
Saturne. Ne vois-tu pas qu’il n’est point en mon pou-voir d’accorder ce que tu me demandes ? Ces fortes debiens ne font point de mon district ; ainsi ne te fâchespoint si tu ne les obtiens pas. Lorsque Jupiter aurarepris les rênes du gouvernement, ce qui ne tarderapas , alors tu peux lui faire de pareilles demandes : luiseul peut les exaucer. S’il me cede l’empire pour quel-que temps, c’est fous certaines conditions , que je fuisobligé d’observer. Premièrement, mon régné ne peutdurer plus de sept jours , au bout desquels je redevienssimple particulier ; secondement , pendant ces septjours , je ne puis traiter aucune affaire importante <3 ísérieuse. Boire , s’enivrer , crier , jouer aux dés & àplusieurs autres jeux ; créer des rois du festin, admettreles esclaves à la même table que le maître , chanternu , former des danses lascives, & quelquefois se pré-cipiter dans l’eau, le visage barbouillé de suie ; voilàles actions auxquelles je préside : tel estçmon départe-ment. Mais, pour ce qui regarde ces choses de consé-quence , les richesses , l’or, & c. c’est à Jupiter à les dis-penser comme il lui plaît.
Le Prêtre. Je vous assure qu’il en est bien chiche. Envain je m’enroue chaque jour à force de lui demander.Ce dieu cruel ne m'entend pas ; mais , branlant sonégide, & agitant son foudt e, il lance de terribles regards