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naïfs ; vous divertiroient par des contes facétieux ,par des saillies vives & naturelles. Vous feriez ho-norés, fêtés, aimés de tout le monde. Si de pareilsavantages ne vous touchent pas, craignez du moinsles maux que peut vous attirer votre dureté. Crai-gnez les tristes effets de la haine 8c du désespoir despauvres conjurés contre votre repos: redoutez l’ac-compliffement des imprécations qu’ils fe préparent àvomir contre vous. J’en frémis, lorsque j’y pense.S'il faut que leurs souhaits soient exaucés, vous pou-vez renoncer à ces ragoûts friands, à ces fausses dé-licieuses qui irritent si agréablement l’appétit. Les carfs,les sangliers, à moitié rôtis , s’enfuiront dans les fo-rêts malgré les efforts des cuisiniers ; votre sin gibiers’envolera de dessus votre table, 8c s’en ira fur celledes pauvres ; 8c, qui pis est, vos jeunes échansonsperdront tout-à-coup leur belle chevelure. Faites vosréflexions là-deffus: prévenez, si vous m’en croyez,ces malheurs; adoucissez la misere des pauvres, 6cfaites-vous à bon marché des amis qui vous ferontconstamment attachés.
Réponse des Riches à Saturne.
Ne croyez pas, Saturne, que vous soyiez le seul àqui les pauvres aient fait de pareilles plaintes. Jupi-ter a depuis long-temps la tête rompue de leurs la-mentations importunes; mais ce dieu sçait bien qu’ilsont tort de se plaindre , c’est pourquoi il ne les exaucepas. Cependant, puisque vous nous l’ordonnez , nousallons plaider notre cause devant vous. Nous sçavonsque rien n’est plus beau que de faire du bien auxpauvres ; Sc nous nous faisons un vrai plaisir de lesadmettre à nos tables ; mais ils abusent indignementde nos bontés. Ils affectent d’abord la plus grandemodération. A les entendre, ils se contenteront dela moindre chose qu’on voudra leur donner. Ils nesont pas plutôt entrés dans nos maisons, qu’ils ontenvie de tout ce qu’ils voient. Ils ne cestent de de-mander, Plus on leur donne, plus il faut leur don-