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ronné de trente ou quarante mi.le gardes, au traversdesquels il faut se frayer un passage. Mais que nepeut fur le cœur des hommes le désir de régner ? En1695 , trois désespérés résolurent de tenter cette pé-rilleuse aventure. Ils se jetterent, comme des furieux ,au milieu de cette armée de gardes qui entouroient leSamorin. 11 s en tuerent plusieurs, & ne tarderent pasà périr eux-mêmes, accablés par le nombre. Cepen-dant le neveu d’un de ces téméraires , âgé de quinzeà seize ans, qui accompagnoit son oncle dans cette en-treprise, trouva )e moyen de pénétrer dans la tentedu Samorin , & s’élança fur ce prince. Mais , aveuglépar son ardeur bouillante , il ne sçut pas diriger Ioncoup , & frappa, au lieu du Samorin , une grandelampe de cuivre , suspendue sur sa tête. Les gardesne lui donnerent pas le temps de réparer son erreur,& le massacrèrent fur le champ.
29. Les habitants du royaume d'Aracan font ex-trêmement superstitieux. Les choses les plus naturellesfont pour eux des présages qu’ils interprètent à leurgré ; & ils ne peuvent pas entendre aboyer un
chien , fans en tirer quelque augure relatif à leur situa-tion & à leurs affaires. Les rois d’Aracan ne font pasmoins foibles que leurs sujets fur cet article ; & leursuperstition est d’autant plus dangereuse , qu’étant ar-mée du pouvoir souverain , elle se porte quelquefoisà des excès funestes. Un de ces rois, étant fur le pointde fe faire couronner, consulta un devin qui lui pré-dit que sa mort suivroit de bien près son couronne-ment. II n’en fallut pas davantage pour lui faire chan-ger de dessein. II congédia le grand prêtre qui étoitdéja tout prêt pour la cérémonie ; & , pendant l’ef-pace de douze jours , il différa toujours de se fairecouronner. Mais enfin , ne pouvant plus résister auxsollicitations continuelles de ses courtisans , il demandaà un Mahométan qui étoit à fa cour , s’il ne pouvoitpas lui enseigner quelque secret pour détourner le mal-heur dom il étoit menacé. Cet homme , zélé pour sareligion , & ne cherchant qu’à détruire ceux qui enétoient ennemis, conseilla au monarque de se servir.