SU RIE PoEME ÉPIQUE. II
tôt qu’il va rentrer dans le bonheur et le re-pos , la Divinité s’éloigne , le merveilleuxcesse, l’action héroïque finit. C’est dans lasouffrance que l’homme se montre héros y etqu’il a besoin d’un appui tout divin. Ce n’esr'qu’après avoir souffert_, qu’il est capable demarcher seul , de se conduire lui-même , etde gouverner les autres. Dans le Poëme deTélémaque , l’observation des plus petitesréglés de l’art est accompagnée d’une pro-fonde morale.
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Qualités générales du nœud et du dénouement duPoème épique.
Outre le nœud et le dénouement généralde l’action principale, chaque épisode a sonnœud et son dénouement propre ; ils doi-vent avoir toutes les mêmes conditions. Dansl’Epopée on ne cherche point les intriguessurprenantes des romans modernes : la sur-prise seule ne produit qu’une passion très-imparfaite et passagère. Le sublime est d’imi-ter la simple nature , préparer les événemensd’une maniéré si délicate, qu’on ne les pré-voie pas ; les conduire avec tant d’art quetout paroisse naturel. On n’est point inquiet,suspendu , détourné du but principal de lapoésie héroïque , qui est l’instruction , pours’occuper d’un dénouement fabuleux et d’u-ne intrigue imaginaire ; cela est bon , quandle seul dessein est d’amuser. Mais dans unPoëme épique , qui est une espece de Philo-sophie morale , ces intrigues sont des jeuxd’esprit au-dessous de sa gravité et de sa no-blesse.