SUR LE PoEME EPIQUE . IJl'éloge ou la critique d’aucun homme en par-ticulier , mais d’instruire et de plaire par lerécit d’une fiction qui laisse le poëte en libertéde feindre des caractères, des personnages etdes épisodes à son gré, propres à la moralequ’il \ eut insinuer.
La vérité de l’action n’est pas contraire aupoëme épique , pourvu qu’elle n’empêche pasla vérité des caractères, la beauté des descrip-tions , l’enthousiasme , le feu , l’invention etles autres parties de la poésie; et pourvu quele héros soit fait pour l’action , et non pasl’action pour le héros, on peut faire un poëmeépique d’une action véritable , comme d’uneaction fabuleuse.
La proximité des temps ne doit pas gênerlin poëte dans le choix de son sujet, pourvuqu’il y supplée par la distance des lieux, oupar des événements semblables et naturels ,dont le détail a pu échapper aux historiens,et qu’on suppose ne pouvoir être connus quedes personnes qui agissent. C’est ainsi qu’onpeut faire un poëme épique et une fableexcellente d’une action de Henri IV , ou deMontézuma , parce que l’essentiel de l’actionépique, comme le dit le Pere Bossu, n’estpas qu’elle soit vraie ou fausse , mais qu’ellesoit morale , et. qu’elle signifie des véritésimportantes.
De la durée du Toè'me épique.
La durée du poëme épique est plus longue.que celle de la tragédie. Dans l’une , onraconte le triomphe successif de la vertu quisurmonte tout ; dans l’autre , on montre les