SUR r„E PoEME EPIQUE . 2.9de trouver le milieu entre les excès d’un pou-voir despotique et les désordres de l’anarchie.On y donne des préceptes pour l’agriculture,pour le commerce , pour les arts , pour la po-lice , pour l’éducation des enfans. Notre au-teur fait entrer dans son Poëme , non-seule-ment les vertus héroïques et royales, mais cellesqui sont propres à toutes sortes de conditions.En formant le cœur de son Prince , il n’instruitpas moins chaque particulier de ses devoirs.
L’Iliade a peur but de montrer les funestessuites de la désunion parmi les chefs d’unearmée. L’Odyssée nous fait voir ce que peutdans un Roi la prudence jointe avec la valeur.Dans l’Enéide , on dépeint les actions d’unhéros pieux et vaillant. Mais toutes ces vertusparticulières ne font pas le bonheur du genrehumain. Télémaque va bien au-delà de tousces plans , par la grandeur , le nombre etl’étendue de ses vues morales ; desorte qu’onpeut dire avec le philosophe critique d’Ho-mere * : Le don le plus utile que les Muses aientfait aux hommes , c’est le Télémaque , car si lebonheur du genre humain pouvait naître d’unPoème , il naîtroit de celui-là.
DE LA POÉSIE.
L’Harmonie du style dans le Télémaque .
C’est une belle remarque du chevalierTemple , que la Poésie doit réunir ce que lamusique , la peinture et l’éloquence ont deforce et de beauté. Mais comme la poésiene diffère de l’éloquence qu'en ce qu’elle peintavec enthousiasme, on aime mieux dire que
* -L’abbé Terrasson,