5,62. Les Aventuresest vrai, a été nourri dans des idées de faste etde hauteur : mais quel philosophe auroit pu sedéfendre de la flatterie , s'il avoit été en sa place?Il est vrai qu’il s’est laissé trop prévenir par ceuxqui ont eu sa confiance ; mgis les plus sages Roissont souvent trompés , quelques précautions qu’ilsprennent pour ne l’être pas. Un Roi ne peut sepasser de Ministres qui le soulagent , et en quiil se confie , puisqu’il ne peut tout faire. D’ail-leurs , un Roi connoît beaucoup moins que lesparticuliers les hommes qui l’environnent, On esttoujours masqué auprès de lui ; on épuise toutessortes d’artifices pour le tromper. Hélas , cherTélémaque , vous ne l’éprouverez que trop ! Onne trouve point dans les hommes ni les vertus ,ni Jes talens qu’on y cherche ; on a beau les étu-dier et les approfondir , on s’y mécompte tousles jours. On ne vient même jamais à bout defaire , des meilleurs hommes , ce qu’on auroitbesoin d’en faire pour le Public. (2.7) Ils ontleurs entêtemens , leurs incompatibilités , leursjalousies ; on 11e les persuade , ni on ne les cor-rige gueres. Plus on a de peuples à gouverner,plus il faut de Ministres, pour faire, par eux,ce qu’on ne peut faire soi-même ; et plus on abesoin d’hommes à qui on confie l’autorité, pluson est exposé à se tromper dans de tels choix.Tel critique aujourd’hui impitoyablement les Rois,qui gouvernerait demain moins bien qu’eux, et quiferoit les mêmes fautes, avec d’autres infinimentplus grandes , si on lui confioit la même puis-sance. La condition privée, quand on y joint unpeu d’esprit pour bien parler , couvre tous lesdéfauts naturels , releve les talens éblouissans ,
ses Ministres, et qui ne pouvoit guère se défendre deleurs pièges , ayant été mis si jeune entre leurs mains.
(" 27 ) Ils ont leurs entêtements , leurs incompatibi-lités , etc. Ceci regarde M. de Louvoïs et M. Colbert, quine s’accordoient jamais ensemble, et dont l’incompatibi-lité a causé de grands préjudices au Koi et à l’iàtar.