2.8a Les Aventuresles d'abord sévèrement. C’est une clémence , quefaire d’abord des exemples qui arrêtent le coursde l’iniquité. Par un peu de sang répandu à pro-pos , on en épargne beaucoup , et on se met enétat d’être craint sans user souvent de rigueur.Mais (la) quelle détestable maxime de ne croiretrouver sa sûreté que dans l'oppression des peu-ples ? Ne les point faire instruire , ne les pointconduire à la vertu , ne s’en faire jamais aimer,les pousser par la terreur jusqu’au désespoir, lesmettre dans l’affreuse nécessité, ou de ne pou-voir jamais respirer librement, ou de secouer lejoug de votre tyrannique domination , est-ce làle moyen de régner sans trouble ? Est-ce là le che-min qui mène a la gloire ?
Souvenez-vous que les pays où la dominationdu Souverain est plus absolue , sont ceux où lesSouverains sont moins puissans. Ils prennent, ilsruinent tout, ils possèdent seuls tout l'Etat; maisaussi tout l’état languit, les campagnes sont enfriche et presque désertes. Les villes diminuent cha-que jour, le commerce tarit. Le Roi qui ne peutêtre Roi tout seul , et qui n’est grand que parses peuples , s’anéantit lui-même peu-à-peu parl’anéantissement insensible des peuples dont iltire des richesses et sa puissance. Son état s'épuised’argent et d hommes : cette dernière perte estla plus grande et la plus irréparable ; son pou-voir absolu fait autant d'esclaves qu’il a de sujets.On le flatte , on fait semblant de l’adorer ; ontremble au moindre de ses regards. Mais atten-dez la moindre révolution, cette puissance mons-trueuse , poussée jusqu'à un excès trop violent, nesauroit durer : elle n’a aucune ressource dans les
C12) Quelle détestable maxime , etc. Ce qui suitjusqu’à la fin de la page , est un recueil des maximesque Louis XIV a prises pour régies de son gouverne-ment. On en laisse faire l’application au lecteur , qui ytrouvera une parfaite conformité avec l’éclat où setrouve encore aujourd’hui la France .