ble pour les Rois , par rapport à des pays entiers ,que pour les familles par rapport à quelqueschamps labouras? Sera-t-on injuste et ravisseur ,quand on ne prend que quelques arpens de ter-re ? Sera-t-on juste , sera-t-on Héros , quand onprend des Provinces ? Si on se prévient, si onse flatte , si on s’aveugle dans les petits intérêtsdes particuliers , ne doit-on pas encore plus crain-dre de se flatter et de s’aveugler sur les grandsintérêts dEtat? Se croira-t-on soi-même dans unematière où l’on a tant de raisons de se défierde soi? Ne craindra-t - on point de se tromperdans ces cas, où l’erreur d'un seul homme a desconséquences affreuses ? L’erreur d'un Roi quise flatte sur ses prétentions , cause souvent desravages , des famines , des massacres, des per-tes , des dépravations de mœurs , dont les ef-fets funestes s’étendent jusques dans les sièclesles plus reculés. Un Roi qui assemble toujourstant de flatteurs autour de lui, ne craindra-t-ilpoint d’être flatté en ces occasions ? S’il convientde quelqu’arbitre pour terminer le différend , ilmontre son équité , sa bonne foi, sa modération(13); il publie les solides raisons, sur lesquel-les sa cause est fondée. L’arbitre choisi est unmédiateur amiable , et non un juge de rigueur.On ne se soumet pas aveuglement à ses décisions ;mais on a pour lui une grande déférence : il neprononce pas une sentence en juge souverain ;mais il fait des propositions , et par ses conseilson sacrifie quelque chose , pour conserver lapaix. Si la guerre vient , malgré tous les soinsqu'un Roi prend pour conserver la paix , il adu moins alors pour lui le témoignage de sa
(13) Le Roi publia les raisons sur lesquelles ses pré"tentions éroient fondées; mais, loin de s’en rapporterà un arbitre , il les appuya du droit canon ; et si lesAvoca-s payés par Louvois travaillèrent pour la formeà les étab’ir, ce ne fut que pour lui. donner gain decause, sans seulement ouïr les parties.